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dimanche 2 mars 2008

14 place Adolphe-Chérioux (15e arrondissement)


L’immeuble fut commandé par une veuve, Mme Fontaine, qui en fit publier la demande de permis le 30 décembre 1901. Elle avait confié les travaux à Henri Ragache (1848-1929), un architecte parisien assez productif, mais dont les œuvres sont malheureusement très inégales. Il eut heureusement l’occasion de réaliser quelques petits bijoux, et celui-ci n’est pas le moindre.
Propriétaire et architecte habitaient tous deux dans les environs immédiats. A l'époque, Ragache était associé avec Théodore Sorets fils, et leur agence employait également ses deux fils. Mais, apparemment, il s'autorisa seul à signer toutes les réalisations faites sous son autorité.

De loin, la façade paraît assez conventionnelle. Constituée de trois travées, dont celle du centre est en saillie, elle serait d’une symétrie parfaite si le rez-de-chaussée ne perturbait pas un peu son très classique agencement.









Mais, dans le détail, la fantaisie est totale, singeant les formes académiques pour les “moderniser” avec une certaine dose d’insolence. Car rien n’échappe ici à la sauce Art Nouveau, tant dans l’arrondissement des lignes que dans toute la sculpture florale, en grande partie dédiée au tournesol. Tout est rond, tout est courbe, mais tout reste élégant, en conformité parfaite avec le caractère assez bourgeois du quartier.

Pour décorer la porte, l’ornemaniste - malheureusement resté anonyme - a imaginé une sorte d’ange, dont les ailes très stylisées s’abaissent presque jusqu’au trottoir, se terminant en gerbes végétales. Est-ce un ange funèbre, qui évoquerait le veuvage de la commanditaire ? La figure paraît triste, en effet, et pourrait être un portrait. Mais, si nous interprétons ainsi cette délicieuse et surprenante figure, l’entrée de cet immeuble évoquerait alors la porte d’un tombeau ! Ceci n’est pas courant, il faut bien l’admettre, et n’est pas spécialement engageant. Mais cela nous a valu une création très originale et poétique, étrange, troublante même, malgré la trop grande proximité de l’enseigne, assez hideuse, du salon de coiffure qui occupe le rez-de-chaussée. Il devait y avoir une charmante boutique, en 1902. Mais elle a disparu depuis longtemps...