samedi 21 mars 2009

112 ter avenue de Suffren (7e arrondissement)


Il y a quelques mois, un lecteur de ce blog m’avait informé de l’existence d’un assez curieux immeuble de Paul Auscher sur l’avenue de Suffren. On s’en souvient peut-être : Auscher est l’auteur de l’étrange et presque “dégoulinant” immeuble du 140, rue de Rennes, qui figure en bonne place parmi les œuvres très emblématiques de la “nouille” parisienne.
Le hasard m’a fait découvrir à mon tour l’édifice en question. Et, rétrospectivement, je me suis souvenu de l’information qui m’avait été donnée, parfaitement enregistrée dans un coin de ma mémoire, mais malheureusement non suivie d’un effet immédiat.
Etonnant Paul Auscher ! A force de découvrir ses réalisations parisiennes au fil de mes promenades, je m’aperçois qu’il ne laisse jamais indifférent, tant dans sa période Art Nouveau que dans ses travaux ultérieurs. Capable d’une inspiration débordante, à la limite du mauvais goût, mais finalement assez marginale, il se caractérise en réalité par une sobriété élégante et sophistiquée, signe que ses franches incursions dans le Modern Style ont été la conséquence de commandes très particulières.

Le 122 ter avenue de Suffren fut demandé par un certain Cohen, dont la demande de permis a été publiée le 5 août 1912. Auscher habitait alors déjà au 5, rue Talleyrand, dans l’hôtel déjà très surprenant - par sa sobriété austère et presque agressive - qu’il s’était fait construire en 1910 et qu’il avait osé présenter, d’ailleurs en vain, au Concours de façades de l’année suivante. Ici, après un ensemble d’édifices fort sobres, où la structure rigoureuse évite tout recours à un quelconque décor, l’architecte se prend à nouveau au jeu de l’ornement. Mais nous n’y voyons rien de comparable aux pâtisseries de la rue de Rennes, puisque les motifs sont très simplement incisés, laissant au curieux le choix de les remarquer ou de passer sans même y faire attention.

Comment pourrait-on qualifier ces ornements principalement géométriques, parfois prolongés par des motifs floraux très stylisés, petite frise de bouquets pour souligner une arête ou grappes de plantes aquatiques, principalement visibles sous les différents balcons ? Leur style oscille entre un japonisme bizarrement teinté d’un caractère “aztèque” difficile à cerner de façon précise. Et leur technique se rapprocherait volontiers du sgraffite belge s’il n’y avait pas une volontaire absence de couleur pour singularisé le parti adopté par Auscher, les motifs étant à peine soulignés par un grisé discret. Ils sont, en tout cas, la seule concession, presque perverse par leur ambiguïté stylistique, au monde de l’Art Nouveau, le bâtiment lui-même appartenant déjà en totalité à l’univers de l’Art Déco. On en voudra pour preuve le caractère très anguleux des formes architecturales, où les balcons sont placés comme des sortes de prismes en encorbellement, sur l’angle, ou développés comme des ailes ouvertes sur la petite rue Mario-Nikis, donnant à cette élévation latérale une réelle originalité, d’une très belle harmonie.

La façade principale, pour sa part, se veut plus austère, tant par des volumes moins compliqués et plus massifs que par un décor moins abondant. Mais on notera au niveau des combles, et d’une façon générale, la surprenante multiplications des fenêtres en excroissance et leur orientation apparemment désordonnée.
L’immeuble n’est malheureusement pas dans un état merveilleux : les rosaces qui décorent le dessous du grand balcon du dernier étage sont partiellement effacées, phénomène qui ne pourra que s’intensifier s’il n’est pas rapidement enrayé. Mais, pour cela, sans doute faudrait-il rendre à Auscher la place qui lui revient certainement dans le monde de l’architecture parisienne, et qui ne se résume pas au seul immeuble de la rue de Rennes... Car celui-ci reste finalement très marginal et bien peu caractéristique de son véritable style.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

cet immeuble a été construit par le professeur cohen qui enseignait à la sorbonne pour lui même et recevoir ses amis.
A l'origine l'immeuble était peint en bleu et en rouge pour les décorations
La plupart des décorations sont marquées du judaîsme voir par exemple les décorations entourant la sonnette de l'immeuble ou les étoiles de david sous les balcons.