samedi 4 octobre 2008

Jeu 2008 - Envoi n°18 : 115 Charterhouse Street (Londres - Royaume-Uni)


L’Art Nouveau à Londres est toute une histoire, originale et compliquée. Originale, d’abord, parce que l’Art Nouveau britannique trouva une profonde assise dans le mouvement Arts & Crafts, qui avait récemment - et brillamment - renouvelé les arts décoratifs en s’appuyant fortement sur la longue tradition médiévale anglaise, au niveau des formes et de l’iconographie, autant que par l’esprit. De ce point de vue, on s’aperçoit que, de ce côté-là de la Manche, on ne fut jamais adepte de la moindre rupture, et l’évolution artistique se fit toujours dans un souci constant d’une certaine continuité. La complication, pour sa part, vient de l’ombre portée sur le style 1900 par la formidable exception que représente la modernité de Mackintosh à Glasgow et qui, pour beaucoup, suffit à résumer et à représenter l’Art Nouveau dans le Royaume-Uni.

Ce qui a pu être construit à Londres autour de 1900 est donc difficile à apprécier d’un simple coup d’œil. D’abord, il n’est pas très important, et il subit assurément une certaine influence continentale qui lui donne une sympathique étrangeté. On pourra facilement s’en convaincre en allant voir ce qu’il y reste des œuvres pionnières de Charles Harrison Townsend (1851-1928)). La Whitechapel art Gallery, imaginée dès 1895, est malheureusement aujourd’hui partiellement défigurée, ayant perdu sa superbe mosaïque de Walter Crane. Heureusement demeurent intact le Horniman Museum, commencé en 1896. On n’oubliera pas non plus d’aller jeter un coup d’œil à la fameuse fontaine de Piccadilly Circus, œuvre du sculpteur Gilbert, fantastique représentant de la sculpture Art Nouveau anglaise et auteur génial du tombeau du duc de Clarence dans la chapelle de Windsor.

Le pub “Fox & Anchor” (Renard et Ancre, en français) m’a été envoyé par A. M., sans aucune information, ni même une adresse précise. Mais enfin... On arrive toujours à retrouver les informations, en y prenant le temps. Quant à la date de cet édifice, de 1898, on peut la lire sur les carreaux de son fronton, où figurent évidemment, et en bonne place, le fameux renard et l’ancre qui donnent leur nom à l’endroit...

Avec une certaine subtilité, cette façade mêle avec virtuosité un ensemble assez composite d’influence diverses, entre moyen âge - représenté par les gargouilles, les fenêtres à meneaux - et orientalisme - la fenêtre centrale du premier étage. Mais le couronnement en céramique évoque plus spécifiquement certains immeubles de Prague, et plus généralement d’Europe centrale. Pour ce qui concerne le détail du décor, sobre et discret, mais finalement assez luxuriant une fois qu’on l’a remarqué, il oscille entre une influence franchement continentale - les têtes de femmes sont presque “italiennes” - et un style typiquement anglais, où la flore, fortement stylisée, se plie aux exigences d’une élégance extraordinairement graphique.
La seule vue qui m’a été envoyée de l’intérieur montre le détail d’un revêtement magnifique en céramique, dans des tons typiquement britanniques, brillants sans jamais être agressifs. et toujours avec ce sens du graphisme qui ne peut être qu’anglais.

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