mercredi 3 septembre 2008

Jeu 2008 - Envoi n°12 : 1 rue de Paris (Le Touquet-Paris-Plage - Pas-de-Calais)


Bien avant d’avoir pensé à ouvrir ce jeu, P. F. B. m’avait envoyé quelques images de la Villa Alexandre, construite au Touquet par l’architecte F. Gombeau en 1911. Une fois encore, nous voici dans un charmant quartier balnéaire - mais pas tout à fait au bord de la plage -, où les maisons pittoresques et pimpantes nous rappellent volontiers Mers-les-Bains, Cabourg ou Dunkerque.
Selon les informations fournies par le site de la ville, la maison aurait été construite en 1900 et Gombeau n’aurait fait que la “moderniser”, avec la collaboration d’entrepreneurs locaux, les frères Pentier.

Le résultat est très original, l’angle formé avec la rue Joseph-Duboc ayant été agrémenté d’une tour suspendue à partir du deuxième étage. On ignore à quoi pouvait bien ressembler le couronnement de cet élément singulier en 1911, mais on doute qu’il se soit achevé d’une façon aussi banale. Hélas, on le constatera aisément, l’édifice n’est pas dans un état des plus satisfaisants et il porte lourdement sur lui le poids des ans. Mais les consolidations actuelles de la tour semblent en annoncer la restauration. Nous prenons déjà date pour voir le résultat final !

Une fois la maison rénovée, on pourra alors savourer pleinement la complication séduisante de ses volumes, la saillie des balcons ou la présence de jolies fenêtres percées dans la toiture.
Mais c’est certainement le décor en céramique qui retient surtout l’attention, et qui permet de rattacher cette charmante villa au monde de l’Art Nouveau : en 1913, les architectes s’acheminaient progressivement vers un style beaucoup plus épuré qui allait triompher au moment de l’exposition internationale des Arts décoratifs de 1925 (d’où son nom d’Art Déco ou de “style 1925”). Sur la fameuse tour, crabes, coquillages et plantes aquatiques en décorent très naturellement les fenêtres, le soubassement et l’épais bandeau du dernier niveau.

La gamme colorée est principalement verte, mais quelques rehauts de jaune ou de brun soulignent agréablement chaque motif. Si près de la mer, cette iconographie n’a rien de surprenant ; elle pourra même apparaître comme relativement attendue. On sera néanmoins beaucoup plus surpris par la curieuse frise de branches de pin, ceinturant fortement les deux façades sous le niveau du comble. Le motif n’a évidemment rien de balnéaire. Mais il semble qu’il ait été assez familier pour Gombeau, architecte rare dont on ne retrouve d’autres œuvres qu’à Paris, et essentiellement dans la petite rue Guyton-de-Morveau, dans le XIIIe arrondissement.

Et au n°25, on retrouve en effet une frise de pommes de pin tout à fait similaire, quoique d’un dessin légèrement différent. Je ne me risquerai pas, ici, à vouloir attribuer ces décors de grès à Alexandre Bigot ou à Gentil et Bourdet : l’expérience m’a montré qu’il était bien difficile de faire, d’emblée, le partage entre ces deux entreprises... Si je pouvais en apprendre un peu plus, je ne manquerai pas d’ajouter l’information.
D’ici peu, je reparlerai volontiers de Gombeau et de la rue Guyton-de-Morveau, où il nous réserve une jolie surprise sur un autre édifice dont il est également l’auteur.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo pour toutes ces nouveautés. On passe toujours de bons moments entre les photos, les textes et toutes ces nouveautés.
Cette villa est étonnante, mais je suis plus pessimiste que vous concernant sa remise en état, hélas ! Il y aurait tant à faire.
Sa décoration est très "balnéaire" et je dirai même y compris le décor de pins. Pour moi les vacances normandes associent les pins à la mer; mais au Touquet, peut-être y en a-t'il moins qu'ailleurs ?

P-F Benoit a dit…

Il n'en est rien cher anonyme ! Le Touquet ne serait pas ce qu'il est sans sa magnifique pinède, plantée au XIX ème siècle par des gens fort avisés. A la chaude lumière du soir, c'est un tableau de Cézanne !