dimanche 14 septembre 2008

Jeu 2008 - Envoi n°15 : 65 rue de la Ravinelle (Nancy - Meurthe-et-Moselle)


“C’est une maison bleue...” Hé non ! N’en déplaise à Maxime le Forestier, celle-ci est jaune, d’un jaune bien vif qui met parfaitement en valeur les panneaux de faïence de cette façade. Mais les motifs ont été peints sur un fond uniformément.... bleu ciel. Comme quoi... on peut toujours retomber sur ses pattes !
La maison donne presque directement sur la voie ferrée qui traverse le quai Claude-le-Lorrain. Il n’existe donc pas de numéros impairs pour cette voie, puisque ce côté-là ne donne que sur des jardins, correspondant à des habitations construites sur la rue Isabey. Néanmoins, le n°65 de cette amusante maison jaune paraît bien prétentieux pour la modeste - et courte - rue de la Ravinelle. Il correspond donc à une hypothétique numérotation impaire du quai qui lui fait face, l’accès à la porte d’entrée se faisant par une sorte d’excroissance de la chaussée, au bout de la dite rue de la Ravinelle.

Malgré nos efforts, nous n’avons pas pu retrouver le nom de l’architecte de ce singulier édifice. Les inscriptions y sont pourtant nombreuses : “Labor”, “Studium”, “Peinture”, “Sculpture”, ainsi que deux dates, l’une en relief - 1885, qui doit correspondre au début du chantier - et l’autre, en faïence : 1887, qui semble signaler la fin de la construction et la date de la pose du décor en céramique. Par ailleurs, le seul balcon de l’édifice, au premier étage, porte la lettre “B”, qui est l’initiale du commanditaire. Néanmoins, on peut voir, dans des rues assez proches, plusieurs autres villas, construite par un certain Lambert, et portant des panneaux de faïence d’un type similaire. S’agirait-il du même architecte ?
La construction est donc très visible placée sous le vocable de l’étude et des arts. Elle se veut elle-même une œuvre artistique, ajoutant architecture et arts décoratifs aux disciplines qui devaient y être honorées. Car la “maison jaune” ne manque pas de se faire remarquer, tant par sa couleur que par son décor assez luxueux, les carreaux portant des motifs de rinceaux, des emblèmes, des palmettes, le tout d’une très divertissante fantaisie. Mais, de part et d’autre d’un sévère soldat moustachu, deux profils de jeunes filles se distinguent par leur léger relief : celle de gauche est une Alsacienne, celle de droite est une Lorraine ; elles évoquent, bien entendu, les régions alors détachées de la France depuis 1871 : l’Alsace toute entière et le département de la Moselle. Cette allusion politique ne nous surprendra guère à Nancy, où l’affirmation d’une appartenance à la France fut forte et parfois même ostentatoire.

Merci à D. M. pour son envoi. Il nous démontre qu’on peut trouver un édifice amusant et très plaisant... qui ne soit pas du tout de style Art Nouveau. Pas du tout ? Vraiment ? Il suffit d’observer un très curieux motif décoratif, sensé imiter le bossage, où des sortes de vaguelettes forment un étrange tapis de macaronis. Il préfigure déjà, avec près de dix ans d’avance, les curiosités abstraites dont le Modern Style saura nous régaler.

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