samedi 30 août 2008

Jeu 2008 - Envoi n°9 : 18 rue de l’Ecluse-de-Bergues (Dunkerque - Nord)


Les Bains dunkerquois sont un drôle d’édifice. Ils avaient été conçus, en 1896, comme une sorte de petit palais arabe sur lequel aurait poussé une étrange cheminée d’usine. Trois architectes lillois furent associés pour dessiner cette curiosité : Louis Gilquin, Georges Boidin et Albert Baert (1). Elle contenait à la fois une piscine, un bains-douches et un lavoir public.

L’originalité du bâtiment, outre le fait de sacrifier à la mode de l’orientalisme - style de nombreuses maisons construites par les riches industriels de Lille, à la fin du XIXe siècle, qui ont malheureusement toutes été détruites -, tient à la forme de coquille de son entrée principale et à la présence pittoresque de faïences à la polychromie variée. Juste à côté de la sous-préfecture, le bâtiment avait de quoi surprendre. Et, malgré son état actuel, il peut encore exciter un regard attentif.

Car, hélas, les Bains dunkerquois ont très rapidement perdu coupole, minarets et cheminée. La piscine resta en activité jusque dans les années 1960, mais cela n’empêcha nullement le bâtiment de décliner progressivement. Inexorablement... Il est aujourd’hui fermé, muré, tagué, et son avenir semble d’autant plus incertain que la sous-préfecture pourrait profiter d’une éventuelle destruction pour s’agrandir. Du moins est-ce une information qui circule... Ainsi va la vie, où les édifices les plus singuliers sont toujours menacés de disparition.

Construit à une date un peu trop précoce, il ne s’agit pas encore d’un édifice Art Nouveau, malgré sa polychromie joyeuse et ses formes originales. L’influence orientale y est trop prédominante, jusque dans l’imitation du célèbre bleu des faïences arabes. Néanmoins, quelques détails annoncent déjà le style qui allait véritablement émerger, en France, à partir de 1898 : la belle anse de panier de la petite porte annexe, en particulier, se termine d’une façon qui ne demande qu’à devenir un de ces coups-de-fouet caractéristiques du Modern Style.
Merci à O. P. de nous faire découvrir cette étrangeté, et de nous inviter à aller y jeter un coup d’œil, avant qu’il ne soit trop tard.

Je profite de l’occasion pour signaler que, quelques années plus tard, Baert et Boidin - qui furent associés pendant une assez longue période - ont construit deux singulières maisons jumelles dans le quartier de Malo-les-Bains, sur la Digue de Mer : “Les Mouettes” et “Brise Folle”. L’urbanisme n’a malheureusement pas épargné cette jolie promenade, qui a perdu une partie de son charme d’antan, ainsi que certaines de ses plus singulières constructions. Les bizarreries de Baert et Boidin, encore une fois inspirées par un Orient réinventé, ont malheureusement fait partie des victimes de la spéculation immobilière. Heureusement, les “Monographies de bâtiments modernes” de Raguenet leur ont consacré quelques pages, en 1908.

(1) Albert Baert (1863-1951) est surtout connu pour avoir construit, dans les années 1920, la piscine de Roubaix, aujourd’hui transformée en un musée magnifique.

2 commentaires:

maddog59 a dit…

la façade des bains dunkerquois a été restaurée cette année, le bulbe sur le toit a aussi retrouvé sa place

Ju a dit…

Maddog59 m'a devancé, mais je suis tombée par hasard sur ton blog. Il n'y a que la façade qui a été restaurée et l'intérieur est toujours interdit au public.

Je vais aller voir les 2 maisons sur la digue, si elles sont encore présentes...

A bientôt