jeudi 21 août 2008

Jeu 2008 - Envoi n°8 : 98 boulevard des Anglais (Nantes - Loire-Atlantique)


D’une façon assez étonnante, la villa Jeannette, construite à Nantes par Ferdinand Ménard et E. Le Bot a été assez bien publiée en son temps. D’abord par Raguenet, dans ses recueils malheureusement très difficiles à dater, qui nous apprend qu’elle fut édifiée pour M. Morinet, l’un des principaux photographes de Nantes. Ensuite dans un recueil de planches, intitulé “Villas et petites maisons du 20e siècle”, publié sous la direction de l’architecte L. Sézille. Là encore, l’album n’est pas daté. Enfin, plus récemment, la maison est décrite et reproduite dans un ouvrage consacré au “Patrimoine des communes de Loire-Atlantique”, qui lui donne la date de 1908.

On ne sait pas grand chose sur ces deux architectes nantais, sauf qu’ils furent associés pendant une longue période, au cours de laquelle ils édifièrent, au moins, une autre maison à Nantes, mais aussi les villas Massabielle, Gregoria, Ker Ovzen et Siebel à La Baule.
Le boulevard des Anglais s’appelait, à l’origine : boulevard de la Chézine. Il est situé dans un quartier excentré qui, à l’époque, devait déjà sentir bon la campagne.

Par rapport aux documents anciens, la maison est dans un état pratiquement parfait. En dehors du fait que son balcon fermé, en encorbellement sur la rue, semble avoir été en bois naturel, alors qu’il est aujourd’hui peint en blanc, il n’a perdu que le grand panneau de faïence qui portait le nom originel de la propriété. ”Jeannette” était certainement le prénom d’un membre de la famille Morinet - sa femme, ou peut-être sa fille -, et il n’eut évidemment plus de justification lorsque la maison changea, sans doute, de propriétaire. On peut néanmoins supposer que ce panneau existe toujours, simplement recouvert par un simple badigeon qu’un petit nettoyage suffirait à faire réapparaître. En revanche, les quelques vitraux visibles sur les photographies anciennes semblent avoir définitivement disparu.

La publication de Raguenet offre l’avantage de nous donner le nom de tous les artisans ayant collaboré à son édification. On y apprend ainsi que la belle grille, heureusement demeurée en place, est de Ménard et Gourdon, que le sculpteur, auteur des petits animaux cocasses qui animent la belle fenêtre ovale du rez-de-chaussée (un écureuil en clé de voûte et deux grenouilles ; deux lézards apparaissent autour de la porte d’entrée), est un certain Ripoche. Enfin les faïences, dont je viens de dire qu’elles ne sont partiellement plus visibles, venaient de chez Gilardoni et Brault, seule entreprise parisienne investie dans le chantier.

Cette maison est une très belle réalisation. Elle montre une jolie influence nancéienne dans la grande fenêtre du rez-de-chaussée et présente un assez curieux et imposant belvédère, couronnant la travée intermédiaire du bâtiment. Les changements de goût auraient pu être fatals à cet élément essentiel, qui donne toute son élégance à la silhouette de la villa Jeannette. Mais il a heureusement assez bien traversé le temps et demeure aujourd’hui presque intact, n’ayant perdu que ses garde-corps. Le détail est néanmoins important, car il semble vouloir dire que cette partie de la maison, pour des raisons évidentes de sécurité, n’est plus utilisée. On peut donc supposer que son entretien est devenu aléatoire et sans doute même hypothétique. Il apparaît donc comme une partie fragile de l’édifice, dont la conservation pourrait être un jour menacée.
Remercions vivement Gu. V. pour l’envoi de cette ravissante villa, dont l’élégance fut alors parfaitement remarquée par les commentateurs. Et félicitons-le pour sa rapidité : un jour ou l’autre, j’aurais bien fini par en entendre parler !

1 commentaire:

maya452 a dit…

Chaque année à l'automne, des étudiants (Beaux-Arts ? Archi ?) viennent étudier et dessiner cette magnifique maison, ce matin ils étaient trois à faire des croquis, relever les détails, etc...

Je ne connaissais pas la photo d'époque, par contre il existe une photo prise pendant la construction, on y voit les charpentiers assemblant les poutres du toit.