samedi 30 août 2008

Jeu 2008 - Envoi n°10 : 51 avenue Gustave-Lemaire (Dunkerque - Nord)


Puisque O. P. m’a envoyé des images de plusieurs édifices de Dunkerque, tous plus intéressants les uns que les autres, restons donc dans cette ville où l’Art Nouveau s’est développé d’une façon assez extraordinaire, principalement dans le quartier plus balnéaire de Malo-les-Bains.
La maison Ringot est une construction vraiment étonnante, joyeuse et inventive, couverte d’une multitude de petits motifs charmants, parmi lesquels on distinguera des bustes de jeunes femmes, au-dessus des deux fenêtres du rez-de-chaussée, des animaux, sur les tympans de celles du premier étage, et partout ailleurs des plantes envahissantes, principalement des roses et des tournesols.

Le style général de l’édifice est néo-gothique, mais les détails sont plutôt d’inspiration baroque, relevant de ce “style nouille” qui reste encore quelque chose de très surprenant et d’extraordinairement divertissant.
Le balcon du premier étage, paraissant sorti tout droit d’une scène de “Roméo et Juliette”, est un motif d’une grâce élégante, mais qui n’aurait jamais pu être construit au moyen âge, ni même au XVIIe siècle. Il n’est que fantaisie, caprice, décor, comme l’essentiel des surprenantes sculptures de cette façade.

Les auteurs de cette curiosité ont pour nom : Ringot. L’un était entrepreneur et l’initiale de son prénom était “E.” ; l’autre était sculpteur et se prénommait Maurice. Il semble évidemment probable que les deux hommes appartenaient à la même famille et que la maison fut construite pour l’un d’entre eux. L’importance du décor semble suggérer que ce fut pour le sculpteur lui-même, qui en conçut peut-être aussi le plan.

La façade était-elle polychrome à l’origine ? S’il est vrai que les rehauts de jaune qu’on y voit aujourd’hui permettent de souligner quelques jolis détails, cette coloration semble pour le moins excessive, accentuant le caractère tout de même un peu “kitsch” du décor. Pour ma part, je doute que les fleurs, les visages - et même quelques oiseaux isolés - aient pu avoir été teintés à l’époque de la construction. On peut imaginer que certaines lignes d’architecture avaient pu être alors légèrement soulignées, mais sans toutefois pousser trop loin une polychromie qui, à l’heure actuelle, ressemble presque à un “coloriage”. Il n’en reste pas moins que le résultat est singulier, amusant, surprenant, même s’il semble peu conforme aux intentions originelles des Ringot.
La porte d’entrée et sa fenêtre adjacente font l’objet d’un joli traitement, notamment au niveau du travail de ferronnerie. C’est dans le soubassement du balcon, qui sert aussi d’auvent à l’entrée de la maison, qu’on trouve les signatures des auteurs de l’édifice.

Maurice Ringot a collaboré à plusieurs monuments publics de Dunkerque. Celui qu’il réalisa pour le Cinquantenaire de Rosendaël - nom d’un autre quartier de Dunkerque - aurait pu disparaître si on n’avait pas eu la bonne idée de lui trouver un nouvel emplacement. En effet, construit en 1909 par l’architecte Arthur Gontier, il avait alors été installé devant l’église Notre-Dame-de-l’Assomption. En 1921, on déplaça cette singulière pâtisserie sur la place Voltaire, un peu plus au nord.

Aucun commentaire: