vendredi 15 août 2008

Entr’acte n°25 : rue Defacqz (Bruxelles - Belgique)


L’Art Nouveau serait-il né dans cette rue au nom bizarre ? En effet, si on exclue le génie isolé de Gaudi, qui créa à Barcelone un art très particulier, mais qui resta pour l’essentiel peu connu du reste de l’Europe, on ne peut guère parler de cette architecture nouvelle avant l’édification de la maison personnelle de Paul Hankar, au 71, rue Defacqz, en 1893.
Paul Hankar (1861-1901) fut probablement l’architecte le plus maudit de toute l’histoire de l’Art Nouveau. On peut dire que l’essentiel de ses œuvres a disparu de façon irrémédiable, comme si un mauvais génie s’était employé à les faire disparaître, les unes après les autres, empêchant à l’apport essentiel de ce génie mort trop jeune d’être mieux compris de nos contemporains. Fort heureusement, trois de ses édifices importants ont été conservés dans cette rue Defacqz, non loin de la rue de Turin (aujourd’hui rue Paul-Emile-Janson) où Victor Horta marqua son entrée dans l’Art Nouveau, avec l’hôtel Tassel (lui aussi terminé en 1893).

Au premier regard, la maison d’Hankar n’est sans doute pas faite pour susciter l’admiration. Composée de deux travées totalement différentes, elle fut longtemps noyée dans la grisaille bruxelloise. Ma photographie d’ensemble, datant d’une bonne quinzaine d’années (et peut-être plus...), témoigne amplement que ses couleurs et ses motifs étaient alors presque totalement cachés par la pollution.
Un nettoyage lui a heureusement rendu son aspect d’origine, celui qui marqua le jeune Guimard lorsqu’il vint séjourner à Bruxelles en 1895, et qui le conduisit à en faire une belle aquarelle (Paris, musée des Arts décoratifs). Cette aquarelle semble indiquer que le Français n’était probablement venu en Belgique pour rencontrer Victor Horta, alors totalement inconnu, mais bien Paul Hankar, dont le nom commençait à émerger.

Pour bien être comprise, la façade de cette maison mérite d’être regardée d’un peu près, en particulier parce que des éléments de symbolisme s’y dissimulent, dans les charmants sgraffites un peu naïfs. En particulier, on remarquera les quatre oiseaux qui, dans des sortes de lunettes, sont chargés de représenter les moments de la journée : matin, jour, soir et nuit. Si la chauve-souris convient très bien au dernier panneau, l’hirondelle qui la précède se déploie devant des fils électriques, allusion à cette invention encore récente qui commençait à révolutionner l’habitat urbain.

Ailleurs, on sera plus circonspects sur la signification du petite animal - lion ou renard ? - qui se dissimule au milieu d’une abondante végétation, dans le treillage du bow-window qui masque en partie sa tête. Sur les consoles de ce bow-window, des médaillons sculptés représentent de petits animaux, comme des reptiles ou des insectes, dont la signification semble également difficile à interpréter.
On admirera les quelques ferronneries, d’un Art Nouveau encore timide, mais déjà presque affirmé, ainsi que la date, incluse dans un autre sgraffite, à motif d’hortensias.
L’architecte a signé son œuvre de façon assez voyante, affirmation d’une jeunesse fière de son talent. Par la suite, on ajouta une plaque pour signaler l’intérêt de l’édifice au passant, et Paul Hankar y est qualifié de “architecte novateur”.

Quelques années plus tard, en 1897, il édifia une maison beaucoup plus imposante et ambitieuse, pour le compte du peintre Ciamberlani. Ses deux immenses baies vitrées, presque entièrement circulaires, l’ont rendue célèbre, au point qu’elle est pratiquement devenue l’édifice emblématique de l’architecte.
En quelques années, Hankar était parvenu à maîtriser l’inspiration pittoresque, mais passablement brouillonne, de ses premiers travaux. Avec l’atelier Ciamberlani, on peut même dire qu’il inventa une sorte de classicisme à l’intérieur du mouvement Art Nouveau, grâce à l’harmonie évidente de la composition, comme la parfaite symbiose de tous ses éléments constitutifs.
L’importance accordée au sgraffite est justifiée par le fait que le commanditaire fut lui-même l’auteur des cartons, représentant les trois âges de la vie, au “bel étage” - comme on dit à Bruxelles -, et sept des travaux d’Hercule, sous le comble.


Ici aussi, je propose une image prise de l’immeuble il y a quelques années, afin qu’on puisse la comparer à son état actuel. Une belle restauration a rendu tout son éclat à l’édifice, et une impeccable lisibilité à toutes ses parties peintes. On peut maintenant savourer pleinement la fraîcheur des ors, les notes saillantes des rouges, qui mettent enfin en valeur les camaïeux de bruns et de gris des dessins.
La maison Janssens, construite l’année suivante (1898) sur la parcelle d’à-côté, au n°50, est un édifice d’aspect plus simple, mais qu’il n’est pas inutile de regarder, à titre de comparaison. Hankar y effectue un nouvel exercice de style, et se montre presque capable d’inventer l’Art Déco avec plus de vingt ans d’avance.

Ne quittons pas cet extraordinaire artiste, capable de se renouveler sur chacun de ses chantiers, sans montrer un détail de la vitrine de la boutique du chemisier Niguet, devenu par la suite un magasin de fleurs. Le fait que les décorations de magasins étant plus fragiles, face aux changements de goût, la conservation de cette œuvre de Hankar apparaît d’autant plus providentielle.

L’architecte réalisa ce travail en 1897, au 13, rue Royale, en collaboration avec le peintre et affichiste Antoine Crespin, qui avait d’ailleurs collaboré à la maison de Hankar dont il avait dessiné les cartons des sgraffites. Le style de la chemiserie est d’un Art Nouveau totalement graphique, composé d’arcs de cercle d’une merveilleuse nervosité, parfois soulignés par de petits éléments en cuivre. La boutique a fait récemment l’objet d’une restauration, qui a permis de redécouvrir, à l’intérieur, les panneaux peints originaux du plafond, dus à Crespin, longtemps recouverts sous un simple badigeon bleu uniforme.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

A quand un article sur la maison du peuple (a Bruxelle)edifice Art-Nouveau qui a ètè dèmontè,numèrotè,il etait avec des parties metalliques,mais a disparu au fil du temps.Il etait signè Horta je crois.