lundi 14 juillet 2008

9 avenue de La Frillière (16e arrondissement)


L’école du Sacré-Cœur, construite par Hector Guimard pour la “Société des Immeubles propres à l’Education et à la Récréation de la Jeunesse”, marque, chez l’architecte, la transition entre son œuvre de jeunesse et sa première période Art Nouveau. Le programme - ayant fait l’objet d’une demande de permis publiée le 12 mars 1895 - était un pari intéressant : construire un ensemble complet, composé d’une école, d’un pavillon d’habitation et d’un bâtiment de toilettes, le tout protégé derrière une solide clôture. Le commanditaire était un des nombreux groupements de catholiques du XVIe arrondissement auquel Guimard était lié, soit dans un cadre associatif, soit à titre individuel. L’adresse de cette société occasionnelle était d’ailleurs le 4, rue Corot, qui n’était autre que celle du presbytère de l’église d’Auteuil où le jeune homme venait tout juste de réédifier quelques vestiges de la vieille église, sous la forme d’un petit édicule, composite, plutôt laid et dénué de tout caractère particulier, mais fort passionnant comme ciment de l’architecte au sein d’un milieu fortement identifié (1).
L’école du Sacré-Cœur se situe entre les deux voyages à l’étranger entrepris par Guimard, grâce la bourse de voyage gagnée au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1894, et montre clairement, notamment par rapport au récent hôtel Jassedé, construit en 1893 au 41, rue Chardon-Lagache, l’avance importante de sa conquête d’un langage parfaitement personnel et original.

L’école avait déjà été privée de ses deux bâtiments annexes et de sa clôture, lorsqu’un projet immobilier menaça gravement le bâtiment principal, en 1972, soit à peine un an après la première exposition parisienne partiellement consacrée à l’architecte, et qui avait connu un succès très inattendu. Une importante mobilisation médiatique permit heureusement le classement de l’école en 1976. L’immeuble d’appartements finalement réalisé dans le bâtiment eut néanmoins l’audace de se faire appeler “les Colonnes Guimard” pour mieux assurer sa publicité, profitant de la notoriété alors grandissante de l’architecte. Mais, si on peut penser que l’intérieur des salles de classe n’avaient pas eu, en elles-mêmes, un très grand intérêt artistique, l’escalier principal fut heureusement conservé. C’est bien là l’essentiel, n’est-ce pas ?

En dépit d’une effroyable rampe d’accès au garage, d’une végétation envahissante et d’une paroi de verre totalement anachronique, placée immédiatement derrière les célèbres colonnes qui, en 1895, servirent de support à un préau, on peut malgré tout continuer à admirer le très simple mais si singulier édifice de Guimard, principalement construit en briques. Le métal règne plus largement au niveau du rez-de-chaussée, sous la forme de colonnes en fonte, soutenant une imposante et très visible poutrelle en fer. Le principe de cet espace ouvert, soutenant tout le reste de l’édifice comme des pilotis, avait été inspiré à Guimard par un dessin de Viollet-le-Duc pour un projet imaginaire destiné à un usage similaire. Mais le jeune émule du grand rationaliste se permit de corriger et d’améliorer l’idée de son aîné, en plaçant ses colonnes inclinées, non plus dans la profondeur de l’édifice - perte de place évidente -, mais dans le même plan que la façade.

Ces étonnantes créations adoptent un style décoratif sans aucun équivalent dans le passé et peuvent être considérées, par là, comme l’acte fondateur de l’architecture Art Nouveau française. Guimard s’autorisa aussi l’audacieuse et poétique idée de raccourcir la première de ces colonnes, en la faisant reposer sur un élément de maçonnerie, sur lequel il fit inscrire sa signature et la date de la construction.


(1) Malgré sa banalité, ce travail méritait-il de disparaître en 1988, malgré de trop timides efforts pour le sauver ? Il n’aurait sans doute pas été très difficile de le démonter, puis de le déplacer, éventuellement dans un square tout proche. Je donne ici l’image du seul dessin de Guimard qui en soit connu, bien plus flatteur que les médiocres photographies qui en ont été faites. Sur cette esquisse ne figurent pas les éléments sculptés provenant de l’ancienne église d’Auteuil qu’il s’agissait alors de replacer. Au moment de la destruction de cette “fausse ruine”, ils avaient d’ailleurs déjà disparu depuis longtemps.

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