lundi 14 juillet 2008

169 bis boulevard Lefebvre (15e arrondissement)


Sur un boulevard alors très largement ouvert sur la nature, Jules Lavirotte reçut la commande d’une petite maison de deux étages, émanant de M. Carré, alors domicilié à Vitry-sur-Seine. La lettre de demande de permis fut publiée le 14 août 1905.
Pendant bien des années, ce projet du boulevard Lefebvre fut seulement connu, grâce à la publication du dessin d’une élévation exposée au Salon, comme un immeuble de rapport. L’édifice n’ayant pas été identifié comme tel, sur place, le projet fut donc tout simplement déclaré non construit par les premiers spécialistes d’Art Nouveau.
En fait, l’architecte s’était bien vu confier, dans un premier temps, la réalisation d’une construction de six étages, mais, devant la réticence finale du commanditaire à avoir des locataires dans sa propriété, son projet fut rapidement réduit à la réalisation des premiers niveaux, sous forme d’une simple maison, plus simplement destinée à M. Carré et à sa seule famille.

Le projet fut donc bien réalisé, mais considérablement réduit dans ses ambitions. Menacé de destruction il y a quelques années, il est aujourd’hui, non seulement sauvé, mais à présent entièrement restauré. Un peu trop, semble-t-il ? Les murs d’une invraisemblable couleur rose-orangé ne sont pas spécialement du meilleur goût, et la rénovation a fait disparaître la porte d’entrée originale du petit édifice - qui, avec le temps, avait fini par être en partie loué ! Doit-on vraiment appeler ceci une “rénovation”. Et qu’à bien pu devenir la porte en bois originelle ? Sans doute a-t-elle été détruite . J’ai eu l’heureuse idée de la photographier, il y a une vingtaine d’années, à une époque où la parcelle portait encore le n°169. L’image permettra de faire la comparaison avec la porte vitrée qui lui a été substituée, qui lui a emprunté les éléments principaux de sa composition, mais avec une confondante sécheresse.











On se félicitera, au moins, du nettoyage parfait des peintures murales de la façade, à laquelle la stylisation et des couleurs presque acidulées donnent un petit charme “aztèque” tout à fait sympathique. On peut à présent en savourer pleinement les motifs fort simples, mais d’un graphisme parfaitement harmonieux. Au moins pourrait-on l’appeler “secessionniste”, ce qui n’est pas une injure envers Lavirotte. Adepte des premiers jours d’un Art Nouveau à la française, il semble avoir été capable, dès 1905, de trouver une manière presque “viennoise” pour renouveler son architecture.
Il aura ainsi démontré qu’avec quelques peintures murales, des briques émaillées et de jolies courbes pour souligner l’entrée de la maison, on pouvait faire une petite construction pleine de charme. Malheureusement, dans un environnement devenu si dramatiquement laid, elle fait déjà figure de vestige archéologique.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo pour ce détour Lavirotte. Je me souviens avoir pris des photos il y a quelques temps également. Il faut que je mette la main dessus. Cette maison restaurée fait de la peine à voir, cette porte vert et les boutiques ruinent la qualité architecturale de cet édifice. Ce qui confirme qu'à Paris il est préférable dans certains cas de marcher le nez en l'air.

Le mateur de nouilles a dit…

Pourquoi tant de pessimisme ? Une maison mal restaurée ne vaut-elle pas mieux qu'une maison détruite ? C'est la vie, avec ses bons et ses mauvais côtés. Appréciez donc les bons et oubliez les mauvais...

Anonyme a dit…

Si une maison mal restaurée vaut mieux qu'une maison détruite, une maison bien restaurée vaut mieux qu'une maison mal restaurée. Et demander une telle chose ne relève pas de l'impossible alors pourquoi faire mal quand on peut faire bien? Le 169 Boulevard Lefebvre a en grande partie perdu de son intérêt et c'est bien triste.
Félicitations pour votre blog.
Alexis Boniface