dimanche 8 juin 2008

Jeu 2008 - Envoi n°3 : 48 rue Saint-Marc (Orléans - Loiret)


Saura-t-on jamais si cette maison a bénéficié du talent d’un véritable architecte ou si elle dut se contenter de la simple habileté de son entrepreneur, du nom de Barillet ? Hélas, nous n’en saurons guère plus sur son histoire, en dehors du fait qu’elle a probablement été élevée autour de l’année 1900. Mais ce millésime, parfois attribué un peu trop facilement à de comparables folies de pur “style nouille”, en situe peut-être vaguement l’époque, plutôt que son année exacte de construction.

Orléans a beaucoup souffert des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, ce qui l’a malheureusement privée d’une grande partie de son patrimoine plus contemporain, et en particulier de quelques immeubles intéressants de Louis Duthoit, fils d’un proche collaborateur de Viollet-le-Duc et dont l’agence fut partagée entre Paris, Amiens et Orléans. Mais la rue Saint-Marc, appartenant déjà à une proche banlieue, fut alors heureusement épargnée.
L’auteur de cette très amusante fantaisie, à bien y regarder, semble effectivement avoir été une sorte de dilettante original, très satisfait de s’être contenté d’accumuler des motifs sur la façade, à peu près au hasard, sans ordre ni harmonie, ce qui confère à l’ensemble de la composition un véritable charme, par le désordre même de son improvisation.

Apparemment, les revues d’architecte semblent avoir pu constituer la source principale de ce foisonnement de motifs. Certes, aucun détail n’est immédiatement reconnaissable comme ayant été inspiré par un fragment repérable dans une publication d’époque, mais leur agencement apparaît composé sans réelle justification, comme la curieuse fleur qui constitue un ornement d’angle trop isolé et presque inutile. De l’autre côté, le massif sculpté paraît beaucoup trop puissant, avec son remplissage de briques blanches, rejetant les jolis effets de couleur ailleurs produits par la meulière, qui mettent bien en en valeur les formes très singulières de toutes les ouvertures.
Mais justement... N’y a-t-il pas trop de fantaisie, ni trop de diversité ? Et de quel Art Nouveau nous parle-t-on ici ? On hésite à le croire d’influence italienne ou tchèque... Si la latinité des formes est incontestable, elle ne semble pas avoir un rapport très étroit avec le Modern Style du nord de l’Europe, et paraît même déjà trop méridional (ou trop oriental) pour la capitale du Loiret.

Au-delà de son invraisemblable bric-à-brac - évidemment irréprochable au niveau de la fantaisie, sinon même d’une certaine forme d’humour -, nous sentons donc rapidement que la maisons souffre d’une certaine hétérogénéité, conduisant à d’inutiles accumulations. Voit-on encore le joli visage pétrifié qui émerge de l’encorbellement du salon du rez-de-chaussée ? Fait-on attention aux curieuses béquilles qui soutiennent le toit, recourbées comme des trompes d’éléphants ? Remarque-t-on la forme joliment accidentée de la clôture de la propriété ?
Comme à Agen, comme à Dunkerque ou à Roubaix, la maison de la rue Saint-Marc à Orléans constitue la “maison amusante” de la ville, celle qu’on a longtemps montré du doigt pour la déclarer rigolote et passablement vulgaire. Presque toutes les villes moyennes ont eu leur villa excentrique, leur castel délirant, en pleine agglomération ou dans une périphérie moins voyante. Mais n’y eut-il vraiment que celle-ci à Orléans ? Mystère ! Nous verrons peut-être cela, en compagnie de B. L. (pour quoi vous pouvez évidemment voter), lors d’un prochain billet.

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