samedi 21 juin 2008

8 et 10 rue Valentin-Hauÿ (15e arrondissement)


Les abords de cette jolie rue tranquille du XVe arrondissement - comme les rues Rosa-Bonheur ou César-Franck - méritent vraiment une petite visite, où plusieurs maisons d’intérêt y attendent le promeneur curieux. Parmi celles-ci, les deux immeubles présents sont peut-être les plus intéressants ou, du moins, les plus surprenants.
Paul Denis (1871-1949) n’a pas laissé un grand nom dans le monde de l’architecture, ce que laisse sans doute entendre le troisième immeuble qu’il dessina, juste en face, sur le trottoir des numéros impairs, d’une assez grande banalité. Il appartient donc à cette pépinière de petits architectes qui n’ont certainement pas créé un style, mais qui en ont assuré le succès.
Trois immeubles, donc, et trois manières différentes ! Car les deux édifices qui nous intéressent sont assez dissemblables. L’architecte semble avoir présenté le plus ancien - sinon les deux - au Concours de façades de la ville de Paris, pour l’année 1903, mais malheureusement sans succès.


Intéressons-nous d’abord au n°10, d’une structure assez “classique” pour cette époque de l’Art Nouveau, avec ses deux bow-windows latéraux et sa stricte symétrie. Son charme vient principalement d’un magnifique décor floral, aux essences d’une grande diversité : on y reconnaît surtout des feuilles de marronnier, des roseaux, des iris. Mais l’immeuble impressionne surtout pour son fascinant dessus-de-porte, où le buste d’une beauté très 1900, à la chevelure compliquée et au sourire enjôleur, émerge d’un buisson de roses particulièrement compliqué. Les signatures de Paul Denis et de son entrepreneur, Bassinet participent à la composition par leur format très exagéré, qui donne à l’ensemble un caractère très insolite. La beauté de ce détail de la façade est rehaussé par la qualité de la ferronnerie de la porte elle-même, au contraire des garde-corps des fenêtres, d’un modèle industriel beaucoup plus banal.











L’immeuble du n°8, à l’angle de la rue Bouchut, adopte un parti totalement différent. D’un an antérieur au précédent (1), il se veut d’un pittoresque plus général, avec ses renfoncements et ses saillies, son mélange de briques et de pierre, les rehauts de couleur de ses briques vernissées. Tout en adoptant un parti général très classique, les détails relèvent complètement de la “nouille”, grâce à des pâtisseries assez complexes qui ornent les consoles des balcons et les linteaux des fenêtres. Là aussi, les ferronneries de la porte d’entrée sont dignes d’un regard intéressé, comme l’étroite meurtrière qui l’accompagne. Dans le vestibule, Denis a conçu des chapiteaux également très originaux, où tout aspect naturaliste a laissé la place à des coups-de-fouet beaucoup plus abstraits.

(1) Les demandes de permis sont du 8 août 1902 pour le n°8 (M. Robert, propriétaire) et du 24 juin 1903 pourle n°10 (M. J. Ciry, propriétaire).

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