samedi 24 mai 2008

Jeu 2008 - Envoi n°2 : 3 rue Gaston-Rey (Valence - Drôme)


Cette étrange construction, envoyée par M. V., pourrait, à première vue, passer pour une construction de l’époque 1900, avec sa façade au rythme irrégulier, son goût pour les arcs outrepassés, son décor abondant et exotique, ses frontons pittoresques et ses gargouilles amusantes.
En pleine Drôme, le bâtiment est évidemment très surprenant, et à acquis une telle renommée de curiosité que la ville de Valence l’a bien naturellement inclus dans ses parcours culturels. Certes, il ne manque pas, ici et là, de propriétaires fantaisistes ayant désiré une habitation sortant franchement de l’ordinaire. Mais, en général, elles se situent dans des quartiers périphériques ou dans des rues discrètes ; rarement, comme à Valence, en plein centre ville, sur un espace très largement ouvert.

Connu sous le nom de “maison mauresque”, l’édifice a laissé assez peu d’informations sur son histoire. On en connaît tout au plus l’origine, puisque c’est le 1er juillet 1858 que l’industriel Charles Ferlin acheta, à la municipalité de Valence, un terrain situé à l’angle de la grande Rue et de la rue Gaston-Rey, pour un montant de 500 francs. Il aurait indiqué, sur l’acte d’achat, vouloir réaliser une construction “du plus bel effet”. Son acquisition faisait donc suite à un projet architectural préalablement défini.
La “Mauresque à Ferlin” - autre nom du bâtiment, bien imagé - date donc, en réalité, du Second Empire. Mais elle anticipe de façon très singulière sur l’Art Nouveau par un goût assez invraisemblable pour un orientalisme totalement réinventé, mâtiné d’influences typiquement médiévales, bien plus typiques de l’époque, friande de retour au “gothique”, et d’une certaine tradition architecturale française.












Néanmoins, et c’est ce qui en fait une œuvre tout à fait exceptionnelle, cette façade n’est à vrai dire qu’une sorte d’étrange trompe-l’œil, constituant la simple excroissance d’un bâtiment déjà existant. Surtout, elle est entièrement faite en ciment moulé, technique alors récemment mise au point dans la région grenobloise (1). Ce plaquage évitait ainsi l’emploi de tailleurs de pierre, tout en étant rapide et économique (mais il a l'inconvénient de se conserver relativement mal, certains détails paraissant avoir fondu comme du savon). Il n’en reste pas moins que Charles Ferlin a certainement voulu faire de ce chantier une sorte de démonstration technique exemplaire, en évitant une trop banale répétition des motifs. Etait-il impliqué dans la production de ce ciment moulé ? Voulut-il en démontrer les avantages industriels, autant qu’artistiques ?
Malheureusement, les informations s’arrêtent là. Le commanditaire ne nous est pas plus connu, et nous ignorons même s’il fit appel à un architecte pour réaliser son projet.

Comme précédemment, vous pouvez évidemment donner une note (entre 1 et 10) à cet envoi, s’il vous a plu.

(1) Elle n’est pas sans liens stylistiques avec “La Casamaures”, une villa de Grenoble bâtie entre 1855 et 1878 par Joseph Jullien, dit Cochard. Elle aussi en ciment moulé, mais en totalité, elle est située dans un grand jardin et s’orne de beaux vitraux. On lui préfèrera tout de même ici la maison de Valence, d’une plus distrayante - mais très apparente - désorganisation décorative.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Je suis époustouflée par votre blog.. Il est si riche et plaisant à parcourir .. Votre rédaction me ravit.
Je l'ai ajouté à mes favoris.

Signé : une complète ignorante en architecture.