samedi 24 mai 2008

45 rue Emile-Ménier (16e arrondissement)


Lors de la publicaton de la demande de permis de construire de cet imposant immeuble de Gabriel Morice, le 20 mai 1901, une faute assez grossière a transformé le nom du commanditaire, qui s’appellait Lesieur, en un M. Letieu. Hélas, ces informations très précieuses - publiées parallèlement sur mon autre blog - sont souvent émaillées de fautes, dues à la trop grande rapidité de leur publication, dans un Bulletin municipal où ce genre d’informations devait paraître très accessoire, à côté de la transcription - considérée alors comme beaucoup plus essentielle - des débats du conseil municipal ou de l’énumération des nouveaux fonctionnaires.
L’immeuble de la rue Emile-Ménier, qui s’appelait alors “rue de Pomereu”, ressemble presque à une construction cossue édifiée dans une petite ville de province. A cet endroit, l’ouverture de plusieurs voies dans la rue des Belles-Feuilles ménage une sorte de petite place, qui donne un petit charme pittoresque à ce coin du quartier.

Gabriel Morice a parfois montré un talent d’architecte plus original, notamment dans un fort bel immeuble conçu, sur l’avenue Bugeaud, pour Gabriel Cognacq, le propriétaire de la Samaritaine, au milieu des années 1890. La façade présente, très symétrique, ne brille, en effet, par aucune véritable originalité dans sa structure. Mais elle fait la part belle à de superbes morceaux de sculpture, dûs au ciseau de E. Cordonnier : des jeux d’enfants au dessus de la porte, et une femme émergeant de branches de pin, comme ornement d’un balconnet isolé à l’angle des deux rues. Son nom apparaît d’ailleurs à côté de chacune de ses créations, avec l’amusante particulartié, près de la porte d’entrée, d’une faute d’orthographe grossièrement corrigée : le premier “R” de son nom avait été oublié !

Si la sculpture d’angle est charmante, par son iconographie presque nancéienne, le morceau de bravoure du décor restent évidemment les deux enfants nus occupés avec des pigeons, près de leur nid et au milieu de branchages. Placés sur la porte, ils en interrompent le fronton très classique, ce qui donne droit à un effet charmant et original. Pour fermer cette intéressante composition, le sculpteur a placé une tête de femme aux yeux fermés, juste au dessus de la fenêtre ronde qui surplombe les enfants et leur jeu.

Sous le grand balcon courant du dernier étage, de grands bouquets de pavots ornent les espaces séparant les fenêtres, avec cette singularité que les capsules de chaque fleur semblent légèrement colorées.
Au travers de la porte d'entrée, on peut apercevoir d’autres enfants nus, sur de grands panneaux de céramique brune, qui n’ont que l’inconvénient apparent d’être tous identiques. N’ayant pas pu les approcher, je ne peux qu’avancer le nom de Cordonnier comme probable auteur.

Quant à la cour intérieure, on peut en retrouver l’apparence grâce aux publications d’époque, où des détails de l’immeuble ont été reproduits. On y voit notamment de beaux panneaux en forme d’éventails, sans doute aussi en céramique, et peut-être plus particulièrement en terre cuite.

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