vendredi 23 mai 2008

103 avenue des Champs-Elysées (8e arrondissement)


L’ancien Elysées Palace Hôtel, depuis longtemps devenu le siège de plusieurs banques successives, couvre un périmètre assez impressionnant, puisqu’il occupe la totalité d’un vaste pâté de maisons, délimité par l’avenue des Champs-Elysées - sa façade principale - et les rues Bassano, Vernet et Galilée. Georges Chedanne, son architecte, n’a pas signé l’ouvrage - il semble d’ailleurs n’avoir jamais mis son nom sur aucun de ses édifices, sans doute persuadé que sa qualité de lauréat du Prix de Rome d’architecture le dispensait d’avoir à exhiber son patronyme dans les rues -, au contraire de ses différents sculpteurs, pour certains collaborateurs fidèles : F. Sicard, L. Baralis, P. Gasq et H. Lefebvre.

Le programme n’était pas aisé, compte tenu de l’importance de la surface à construire. Mais Chedanne était parfaitement à l’aise dans ce genre d’exercice, ce à quoi sa culture classique et son parcours académique l’avaient parfaitement préparé (souvenons-nous du plus tardif hôtel Mercedès, qu’il édifia à quelques centaines de mètres). Il résolut cette difficulté en traitant chacune de ses façades de façon très différente, et en usant de la sculpture ornementale comme élément de pittoresque et de variété.


L’hôtel fut conçu au début de l’année 1897 et sa demande de permis de construire fut publiée le 8 mars 1897. C’est dire sa précocité et sa place intéressante parmi les premiers chefs-d’œuvre de l’Art Nouveau. Les modèles classiques s’y montrent néanmoins dominants, si on exclut les rondeurs séduisantes du rez-de-chaussée. Sur l’avenue principale, le bâtiment se contente d’une alternance régulière de travées en saillie ou en retrait, les premières étant couronnées par de puissants ensembles de colonnes et de frontons arrondis. Dans les soubassements de ces différents bow-windows, les quatre sculpteurs ont placé leurs gigantesques œuvres, généralement composées de deux enfants placés autour de fenêtres ovales, au milieu d’éléments naturels d’une foisonnante variété : oiseaux, plantes, instruments de musique. Eléments d’animation et de fantaisie, ces reliefs sont aussi un véritable panorama de la grande sculpture ornementale à l’extrême fin du XIXe siècle, grâce à la variété des styles de chaque sculpteur et à la variété de leurs mises en page.

L’entrée de service est sur l’une des rues adjacentes. Très simple, elle se compose de quatre solides piliers dont les chapiteaux relèvent complètement de l’Art Nouveau : des têtes barbues y émergent délicatement au milieu de plantes très diverses.









Si la façade arrière, sur la rue Vernet, a volontairement été traitée avec une plus grande sobriété, la sculpture, essentiellement végétale, l’empêche d’être trop austère, grâce à d’autres chapiteaux, d’une rare invention formelle, et à quelques entourages de fenêtres ovales, d’une richesse presque excentrique.

La seconde façade latérale se singularise par de grands bustes pittoresques, qui semblent représenter les quatre parties du monde, thème presque peu insolite pour un hôtel international. Ces morceaux sculptés sont absolument superbes et mériteraient d’être plus admirés par les badauds des Champs-Elysées.

Les amateurs de Modern Style seront enchantés, s'ils accordent un peu d'attention au détail de ce décor très foisonnant. Car sur l’avenue, en dehors des grands reliefs sculptés - les seuls à avoir été signés -, il paraît nécessaire d’accorder un peu de temps à tous les petits motifs, disséminés à tous les étages : faunes, dieux des marais, langoustes ou autres poissons, têtes de bélier, enfants nus, l’Elysées Palace fut conçu comme une impressionnante galerie de sculpture ornementale, où l’Art Nouveau, par l’agencement des motifs et la délicatesse de certains d’entre eux, sembe se dégager peu à peu, et visiblement, du vocabulaire académique. On ne s’étonnera pas que Georges Chedanne, grand architecte tenté par une modernité monumentale, ait participé à cette émergence et à la définition d’un langage nouveau.

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