samedi 19 avril 2008

18 rue de Mogador (9e arrondissement)


Puisque nous sommes dans le IXe arrondissement, ne le quittons pas... et restons même dans la rue de Mogador pour y admirer un édifice assez intéressant des débuts du style 1900, construit par Charles des Anges en 1898.
La demande de permis, émanant de M. Fayollet, fut publiée dès le 8 février 1897, soit à une date où cette nouvelle forme d’architecture cherchait encore à définir son langage. L’édifice en témoigne amplement, par des volumes fort simples, des murs assez nus, mais en laissant transparaître une nette influence médiévale, notamment dans l’apparence des encorbellements, tant sur la rue de Mogador qu’à l’angle de la rue Joubert.

L’intérêt principal de l’édifice, outre son agencement très ingénieux et d’une efficace sobriété, réside dans des compléments en céramique, limités à des motifs floraux d’une couleur verte assez clinquante, par endroit relevés d’un peu de mauve cuivré. Sous le bow-window principal, deux gros tournesols en accentuent le caractère austère. Ces très impressionnantes fleurs sont signées. Malheureusement, la signature est très difficile à lire. Il semble néanmoins qu’on puisse y lire le nom de Muller, ce qui ne surprendra guère, à une époque où Alexandre Bigot n’avait pas encore pris l’essentiel de la clientèle de son concurrent.

Participant de la même simplicité, la grille de la porte d’entrée est l’occasion d’une composition très géométrique, comme les premiers maîtres de l’Art Nouveau, parmi lesquels Guimard et Plumet, avaient su en dessiner pour leurs premiers ouvrages.
L’ensemble relève bien de ce qui a parfois été appelé le “proto-Art Nouveau”. Certes, à la date de 1898, de véritables architectures 1900 existaient déjà bel et bien. Mais, lors de la conception des plans, Charles des Anges n’avaient encore probablement que des modèles encore mal caractérisés pour aiguiser son imagination. L’immeuble, au moment de son achèvement, dut ainsi paraître déjà un peu “démodé”, car faisant principalement appel à ces panneaux de grès que tous les pionniers avaient déjà utilisé, entre 1893 et 1897, et qui avaient constitué, pendant ces quelques années, la marque la plus visible d’une modernité en gestation. Il n’en reste pas moins que les témoignages de l’Art Nouveau naissant sont suffisamment rares pour nous conduire à ne pas négliger celui-ci.

Qui était Charles des Anges (parfois aussi appelé : "Desanges") ? On sait fort peu de choses à son propos. Né à Londres en 1852, il était presque d'une génération antérieure à Guimard. Pour le reste, nous n'avons qu'une seule véritable information biographique à son propos : il fut, en 1882-1883, président de la Société des anciens élèves de l'école spéciale d'architecture, où il avait fait ses études. Les permis de construire ne le signalent que pour ce seul édifice, indice d’une carrière sans doute peu de temps après interrompue. Les promesses de la rue de Mogador ne furent donc jamais confirmées et la petite étoile qui commençait à apparaître n’a vraisemblablement pas brillé très longtemps.
Peut-être assez fier de ce travail, il le présenta au Salon des Artistes Français, en 1898 (sous le n°4258 : "Détails de décoration intérieure d'une maison, rue Mogador, à Paris"). On connaît son dessin grâce à sa publicaton dans "L'architecture-Salon", mais il ne montre rien de véritablement moderne. Seul l'agencement de la feuille, par sa sympathique accumulation de motifs juxtaposés, pourrait éventuellement être rattaché à une démarche Art Nouveau. Il semble néanmoins assez symptomatique que, dans cet édifice discrètement novateur, l'architecte ait tenu à y concevoir aussi les espaces intérieurs.
Au Salon suivant, en 1899, Charles des Anges exposa des dessins relatifs à une villa bâtie à Vaucresson. Puis son nom disparut définitivement.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

La première photo de l'élément en grès représente un visage du genre bête marine. Les 2 petites fleurs représentent les yeux et une ondulation (vague ?) la bouche. Une fois cette image vue, on ne peut plus voir le motif autrement et cela fait penser aux masques Guimardiens en fonte du Castel Béranger.

Le mateur de nouilles a dit…

Les artistes ont, à toutes les époques, recherché des analogies formelles entre l'homme et la nature (animaux, plantes et même paysages). N'allons-nous pas chercher des formes connues dans le moindre nuage ? Néanmoins, ceci représente bien une fleur, même si votre comparaison apparaît amusante.

Anonyme a dit…

J'ai remarqué que les deux enfants jouant avec des raisins ont des pieds de bêtes avec des sabots. Ce doit être des petits faunes.
C'est un décor assez étrange sur cette façade.

Le mateur de nouilles a dit…

Cher anonyme,
Les petits faunes - que vous avez mieux identifiés que moi, je l'avoue humblement - sont un motif bien courant dans la sculpture de la fin du XIXe siècle. Il n'y a pas vraiment de quoi s'étonner.
Mais vous auriez pu associer votre message au bon article, à savoir un immeuble des Guyon à Paris ! J'ai bien mis dix minutes à trouver de dont vous pouviez bien parler. Au moins ai-je pu amplement méditer sur ces faunes et leur éventuelle signification, bien banale en fait.