samedi 29 mars 2008

90 avenue Parmentier (11e arrondissement)


L’élégant et étroit immeuble de l’avenue Parmentier est l’ultime implication de Xavier Schœllkopf dans le monde de l’habitat populaire, auquel il s’était intéressé dès 1898 et pour lequel il connut une certaine notoriété dans la presse de l’époque. Il permet de penser que la carrière de ce créateur singulier ne s’est pas s’être déroulée de façon parfaitement régulière, pouvant le conduire à passer d’un hôtel particulier fastueux à des constructions ouvrières, puis à revenir à une architecture bourgeoise avant de retourner dans les quartiers plus humbles de la capitale.











L’édifice présent témoigne de cette très capricieuse diversité de son travail... et de la confusion qui pourrait en résulter. Car l’édifice, visiblement destiné à une population modeste, singe avec un certain humour la belle architecture éclectique, pastichant même le propre immeuble qu’il avait élevé au 29, boulevard de Courcelles, en 1901-1902. Dès la sortie de la station “Parmentier” du métropolitain, on est saisi par la silhouette de guêpe de la façade d’angle, où ne se distingue véritablement que la fenêtre du comble, fortement galbée. Cette impression d’élégance et de grâce se confirme sur l’avenue Parmentier (car on oubliera la façade arrière, où Schœllkopf n’a rien fait pour enrichir les ouvertures des pièces de service) : les deux bow-windows y sont pareillement décorés, mais en imitant ouvertement l’architecture de l’époque Louis XV. Très simplement, ou volontairement “trop” simplement. En effet, l’originalité de l’artiste vient d’une décoration minimaliste cherchant à évoquer les meilleurs modèles du XVIIIe siècle, au moyen d’une grosse fleur stylisée, entre deux sobres enroulements parfaitement Art Nouveau. Ailleurs, d’autres résurgences du style Rocaille, mâtinées de pures inflexions 1900, apportent, avec le minimum de moyens, un enrichissement décoratif apparemment amplement nécessaire.











Malgré la destination populaire de l’immeuble, il a été entièrement conçu en belle pierre de taille, et ses deux premiers étages ont même été agrémentés d’une surface bouchardée, où les signatures de l’architecte et de l’entrepreneur apparaissent comme incrustées dans de faux cartouches.
Car cet entrepreneur a fièrement signé cette façade, à égalité avec l’architecte : “L. Rouffet / entrepreneur”. En retrouvant la publication de la demande de permis de construire, à la date du 17 avril 1908, il n’est pas difficile de déduire que cet entrepreneur était également le propriétaire de l’édifice. Il y est en effet mentionné, avec son adresse : “Rouffet, 90 avenue Parmentier”. Il s’était donc déclaré comme habitant sur la parcelle. Sans doute y faisait-il remplacer la construction plus modeste qu’il habitait jusqu’ici puisque, dans les mêmes demandes de permis, on retrouve en 1881, à propos d’un bâtiment de rapport projeté au 4, rue Castex, dans le IVe arrondissement, un certain “Rouffet, entrepreneur, 90 avenue Parmentier” qui en était aussi propriétaire. On peut imaginer que Schœllkopf ne travailla pas forcément pour la même personne, et peut-être plus logiquement pour un parent plus jeune, mais il est certain qu’à cette adresse, avant 1908, vivait une véritable famille d’entrepreneurs de travaux publics.


La porte d’entrée nous conforte dans l’idée que la décoration toute entière de cet immeuble doit être considérée comme un délicieux canular, ou une critique amusée de l’architecture traditionnelle, par son caractère volontairement impersonnel, tant dans la porte elle-même que dans ses ferronneries ou son chambranle. Elle ouvre néanmoins sur un charmant petit vestibule, où un Art Nouveau très simple reprend soudain ses droits, tant dans la décoration de l’entrée de la conciergerie que la délicieuse ornementation florale du plafonnier, même si son ampoule n’est plus protégée par le moindre globe de verre, probablement cassé et disparu depuis longtemps.

1 commentaire:

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.