dimanche 16 mars 2008

8 rue Auguste-Bartholdi (15e arrondissement)


Voici encore un architecte rare ! En effet, Jacques Muscat n’a dessiné qu’une petite poignée de projets, deux dans le XVIIe arrondissement, un dans le VIIe - le bien académique immeuble du 45, rue de Bellechasse, qui lui permit de remporter une prime au concours de façades de 1902 -, un dans le XXe (en association avec Scholack), et celui-ci, probablement son œuvre la plus importante, puisqu’il en était aussi propriétaire. Ces bâtiments sont été conçus pendant une très courte période, entre 1902 et 1904, ce qui indiquerait peut-être que Muscat eut sans doute une activité plus importante en banlieue ou en province, ou qu’il mourut prématurément.

Au moment de la publication de la demande de permis, la rue Auguste-Bartholdi n’avait pas encore de nom. La parcelle fut donc désignée d’une façon très provisoire : “6-8 rue nouvelle (entre le boulevard de Grenelle et la place Dupleix)”. Elle fait état de deux immeubles de six étages, qui correspondent aujourd'hui aux numéros 8 et 10. Mais, en visitant la rue pour la première fois il y a quelques jours, le second édifice n'a guère attiré mon regard, signe qu'il devait être d'un style beaucoup moins original.
Ceci est bien probable, car l’Art Nouveau, sur cette étonnante construction, tient principalement au travail du sculpteur ornemaniste, P. Vaast. Ne nous attachons pas beaucoup à la décoration des impostes de fenêtres, ou même de la porte d’entrée : le résultat y est modeste, sinon presque insignifiant.
En fait, tout l’attrait de l’immeuble est concentré sur un véritable encadrement végétal, réalisé autour des six fenêtres centrales, en légère saillie par rapport au plan de la façade. Les peintres encadrent bien leurs tableaux ; pourquoi les architectes n’en feraient-ils pas de même avec leurs maisons ?

Dans la partie haute, Vaast s’est contenté de réaliser une importante frises de grappes de raisins. Sans doute doit-on y voir une sorte d’allusion à peine déguisée au nom même du propriétaire-architecte. Mais la vigne qui les supporte évoque plus volontiers un arbre véritable, dont les branchages se développent au sommet des angles d’une façon fort peu naturaliste, mais avec un joli effet décoratif. Ainsi, tout le long de chaque côté du léger bow-window, s’élance une double tige, longue et noueuse. Il n’est pas rare de trouver un tel procédé décoratif sur des immeubles parisiens. Mais nous sommes bien loin, ici, des troncs massifs figurant sur l’immeuble des Perret de l’avenue de Wagram. Une véritable délicatesse montre ici un travail plus traditionnel, d’un pittoresque charmant, mais qui n’a guère la même audace monumentale.
Le sculpteur, par un amusant souci de réalisme, a voulu lier ses longues tiges l’une à l’autre à intervalle régulier, comme s’il voulait nous faire croire que cette plante assez invraisemblable risquait de se détacher du mur sans cette précaution !

Finalement, on pourrait passer devant cet immeuble sans beaucoup le remarquer, si architecte et sculpteur ne s’étaient pas accordés sur une très surprenante idée pour décorer la base de cette partie en saillie, où on peut admirer les racines de cette étonnante vigne. La plante, presque délicate dans ses terminaisons, possède au contraire des racines presque monstrueuses, dotées d’assez de puissance pour crever littéralement les consoles du balcon du deuxième étage. On s’aperçoit ainsi que l’idée de lier les tiges au mur n’étaient peut-être pas inutiles !
Les deux artistes se sont ici rappelés les origines de l’architecture, faite de bois, sinon simple aménagement de grands troncs d’arbres évidés. Mais, en même temps, ils paraissent nous dire que la nature reste toujours une menace pour le travail de l’homme, toujours prête à reprendre ses droits et son territoire Ici, elle feint de compromettre la stabilité même de l’immeuble.

On ne sera pas trop étonnés de retrouver cette vigne à l’intérieur du joli vestibule. Elle sert d’encadrement à tous les panneaux, où figurent aussi des racines, beaucoup moins menaçantes, mais elle apparaît aussi sous la forme d’un simple semis de feuilles autour d’entrelacs d’un Art Nouveau très attendu. Les encadrements de glaces sont assez amusants, quoique d’un style “nouille” tout aussi convenu, et les boiseries de la porte intérieure sont d’un dessin fort simple, mais d’un effet très plaisant.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Merci d'avoir pris le temps de réaliser les photos et l'article. J'adore l'art nouveau mais je reconnais n'avoir jamais pris le temps d'examiner de près, cet immeuble qui est juste face.

Merci encore