samedi 29 mars 2008

60 avenue Kléber (16e arrondissement)


Malgré sa date tardive, l’immeuble de l’avenue Raymond-Poincaré pouvait être considéré comme l’unique édifice totalement Art Nouveau de Charles Letrosne. Si l’époque l’invita à adhérer à une esthétique déjà contestée, mais toujours considérée comme novatrice, ce protestant convaincu se contenta alors simplement d’attendre son heure, l’Art Déco - dont il fut un brillant représentant, trop mal reconnu - devant se révéler plus conforme à son esprit clair, son art simple et aéré.
En 1911, il reçut pourtant une nouvelle commande importante, d’un immeuble pour le compte de M. Bergès. On trouve la publication de la demande de permis de construire à la date du 31 octobre.


L’architecte composa un immeuble presque entièrement en briques d’une belle couleur orangée, détonnant sur la blancheur générale de cette grande avenue passablement ennuyeuse, émergeant d’un puissant massif en pierre de taille. Mais la plus importante façade se développe le long d’une étroite impasse toujours restée sans dénomination. Letrosne parvint à animer cette immense muraille en jouant brillamment avec les nombreuses ouvertures, ainsi qu’avec les dimensions variées des différents balcons. Au rez-de-chaussée, les fenêtres arrondies se succèdent irrégulièrement, en se rétrécissant à mesure qu’elles s’enfoncent dans la ruelle.
La sobriété aurait pu être totalement au rendez-vous d’un architecte indifférent aux effets décoratifs trop faciles. Le dessin de sa façade, conservé aux Archives de Paris, montre qu’il avait d’abord imaginé ses deux premiers étages totalement dénués d’ornements, ne réservant l’agrément de la sculpture décorative qu’aux deux derniers niveaux. Il avait également voulu aménager un atelier d’artiste à l’intérieur de la haute toiture, élément récurent de sa première période. Mais il semble avoir changé d’avis au moment du chantier, car cet atelier n’existe pas (ou plus ?) aujourd’hui.

Pour souligner la verticalité de cette imposante construction, Letrosne imagina un magnifique arrondi pour la grande fenêtre du dernier étage, surmonté d’une toiture pointue, qui donne à l’ensemble l’aspect presque souriant d’une sorte de petit château.










Le sculpteur de l’avenue Kléber n’a pas inscrit son nom sur la façade. Mais la qualité du travail semble pouvoir l’attribuer à Camille Garnier, le très gracieux artiste qui avait précédemment collaboré à l’immeuble de l’avenue Raymond-Poincaré (1). En dépit de l’importance des surfaces à décorer, il se limita au motif du coing, qui apparaît en lignes, en grappes ou en arceaux, alors que le dessin original semblait plutôt opter pour des feuillages facilement couvrant, probablement du lierre. Le décor finalement réalisé se conforme malgré tout à l’effet de tapis que désirait l’architecte, accrochant massivement la lumière du soleil.

Au bout de la parcelle, un étrange mur ajouré reprend le motif arrondi de la grande fenêtre principale de la façade sur l’avenue, enrichi d’une jolie guirlande de coings, seule incontestable concession à la grâce Modern Style de l’époque.

(1) Garnier travailla encore avec Charles Letrosne pour le beau, mais très paradoxal, immeuble du 5, rue Vaneau, achevé en 1915. Je dis bien “paradoxal” car cette œuvre infiniment séduisante est probablement la plus étonnante concession de l’architecte à la frivolité 1900, à une époque où celle-ci n’existait définitivement plus.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

vaUn document d'époque à Orsay, dans la revue "Matériaux et documents d'architectes" montrant les sculptures du jardin de l'hôtel du 60 avenue Kléber, mentionne le nom de C.Garnier. Ce qui tend à confirmer que c'est bien lui qui a orné la façade. Letrosne appréciait beaucoup Garnier, comme l'atteste leur collaboration à l'hôtel Pauilhac, on ne peut croire qu'il lui aurait simplement confié le décor de la fontaine et de la pergola, bien que celle-ci soit ornée d'une statue en pied.