dimanche 2 mars 2008

6 et 8 rue Huysmans (6e arrondissement)


Il n’est pas très aisé de retrouver la mention de ces immeubles dans les demandes de permis de construire. L’un, déclaré au n°4, a été commandé par M. Durafour, le 3 avril 1913 ; il s’agit du bâtiment portant aujourd’hui le n°6 ; et l’autre peut sans doute être reconnu dans l’édifice projeté pour la Société civile immobilière Duguay-Trouin, au n°5 d’une rue nouvelle (proche du n°113 boulevard Raspail), le 1er mars 1912, puisque la rue Huysmans débouche effectivement sur la rue Duguay-Trouin.
Henri Preslier fut un architecte séduisant et aimable, auteur de constructions très soignées, même lorsqu’il s’agissait de projets modestes. Il eut, hélas, la malchance d’avoir été trop jeune pour participer à la naissance du style 1900, ne commençant sa carrière qu’à partir de 1906. Il fut donc un bel adepte de l’Art Nouveau tardif, le plus souvent caractérisé par des compromis avec l’architecture traditionnelle, avec laquelle il opère une fusion souvent intéressante, mais généralement privée d’une vraie profondeur. L’ornement n’est alors plus au service d’une intention de renouvellement générale de la construction, mais une simple décoration plaquée, destinée à flatter l’œil du passant.

Les édifices de la rue Huysmans sont la parfaite démonstration du savoir-faire de Preslier. D’un point de vue purement architectural, ils ne réclament guère de commentaire particulier, se conformant à la belle architecture bourgeoise en usage à Paris depuis plusieurs décennies, en grande partie symétrique, faisant simplement usage des bow-windows pour animer le plan de façade, à peine singularisée par de modestes frontons d’inspiration médiévale. L’année qui sépare les deux chantiers ne laisse pas remarquer de notable évolution de l’un à l’autre.


Le décor extérieur de l’immeuble de 1913, au n°6, est consacré à la vigne, dont les grappes figurent sur toutes les parties traditionnellement réservées à la sculpture ornementale, notamment autour de la porte d’entrée où la composition est agrémentée de deux de ces courtes colonnes latérales qu’on retrouve fréquemment dans le Paris de l’Art Nouveau. De son côté, la façade du n°8, datée de 1912, privilégie le chardon ; celui-ci permet de belles courbes végétales, compensant le dessin plus traditionnel de l’entrée de l’immeuble par un véritable raffinement dans l’exécution, aux effets réellement poétiques.


Mais ces constructions brillent surtout pour la beauté et l’originalité de leurs vestibules, qu’on peut parfaitement apercevoir depuis la rue, au travers des vitres. Dans le plus ancien, deux beaux paysages maritimes de style néo-impressionniste sont très gracieusement intégrés dans de riches boiseries. Le vestibule le plus récent n’a pas de décor peint, mais un subtil agencement de panneaux, reliés par des sculptures ornementales en forte saillie, et où des pans coupés ornés de miroirs concourent à créer un espace intime et raffiné. On ne s’étonnera pas d’y retrouver la vigne et le chardon, comme un rappel du décor des façades.

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