dimanche 23 mars 2008

33 rue d’Amsterdam (8e arrondissement)


On l’aura constaté : il n’y a encore aucun édifice des IVe, IXe et XIXe arrondissements dans ce blog... Pour les deux premiers, la chose s’explique par une vénérable ancienneté de ces quartiers : leur urbanisme était déjà presque achevé au moment de l’arrivée de l’Art Nouveau. Quant au XIXe, il a été assez sauvagement remodelé pendant l’embellie de l’immobilier, au cours des années 1960-1980. Mais je ne désespère pas d’y trouver quelques raretés au cours de mes prochaines promenades. Encore un peu de patience : on y arrivera bien, un jour ou l’autre !
Pour aujourd’hui, donc, contentons-nous de nous rapprocher du IXe, en le regardant depuis le trottoir d’en face, la frontière entre les deux arrondissements passant exactement au milieu de la rue d’Amsterdam.

Parmi les édifices désespérément anonymes qu’il nous arrive de contempler par hasard, le 33 de cette rue d’Amsterdam constitue une énigme passablement comique, et mérite pour cela une assez courte halte. En effet, il serait incongru de parler ici de “chef-d’œuvre”, rien qu’à voir ces maladroites cariatides aux bras monstrueusement courts, aux doigts grossiers, à l’expression bien vague et impersonnelle. Le sculpteur a presque eu raison, malgré lui, de les faire émerger de roseaux : cette sirène et ce triton peu séduisants ressemblent presque à des batraciens issus de marais très douteux, plutôt qu’à ces personnages mythologiques traditionnels, réputés pour leur beauté dangereuse - la sirène - ou leur puissante musculature - le triton.
Evidemment, nous sommes ici en plein classicisme. On pourrait même dire que le rapprochement avec l’Art Nouveau semble ici assez fortuit et accidentel, à peine perceptible dans l’agencement joliment désordonné des roseaux. Il semblerait néanmoins que, ni l’architecte, ni le sculpteur, n’aient eu une véritable intention d’être “modernes”. D’ailleurs, l’immeuble a certainement été construit à une époque bien antérieure à l’émergence du Modern Style. Il ne fait donc que l’annoncer par erreur !

L’invraisemblable naïveté de la sculpture décorative, source de son primitivisme très involontaire, se retrouve dans les bustes placés sur les frontons très renaissants de certaines fenêtres. Là encore, les personnages sont malhabiles, au point d’être totalement privés de toute expression. Leurs yeux sont d’ailleurs limités à de simples contours incisés en forme d’amande, qui leur donne un aspect presque cubiste avant l’heure.
Tout cela est très divertissant, même si l’anonymat des auteurs de cette curiosité maladroite nous laisse quelque peu sur notre faim. Ont-ils eu raison d’être restés aussi discrets ?

2 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai toujours pensé que cet immeuble aux sculptures maladroites datait des ambitions parfois délicieusement naïves de 1840!...

Le mateur de nouilles a dit…

Mais je n'ai jamais dit qu'il datait des années 1900 ! D'ailleurs, son absence des permis de construire (seulement connus à partir de 1876) indique bien qu'il est peut-être du Second Empire, voire même encore plus ancien, comme vous semblez le penser.