dimanche 23 mars 2008

12 rue Blomet (15e arrondissement)


Il n’est pas certain que cette amusante curiosité doive à jamais rester anonyme. Certes, ni mes livres, ni l’association “Blometparadiso” - regroupant sympathiquement tous les amis de cette jolie rue du XVe arrondissement -, n’ont pu m’apporter de réponse immédiate à ce sujet. Mais, par chance, une demande de permis de construire a bien été publiée par Mme Remond, demeurant 2, rue des Francs-Bourgeois, à la date du 20 mars 1902. Malheureusement, le nom de l’architecte n’y est pas plus indiqué que sur la façade, mais le dossier de voirie, aux Archives de Paris, ne devrait pas manquer d’en révéler l’identité. Je compléterai donc cette notice lorsque j’aurai consulté ce dossier, à moins qu’un lecteur, me devançant, n’ait la bonne idée de me communiquer l’information.

Tout l’intérêt de cet immeuble, dont la façade, très simple, est en très grande partie construite en briques, réside dans son étrange entrée, constituée de deux grandes paires d’arcs ogivaux, englobant l’une des fenêtres de la conciergerie. Ces arcs ont l’étonnante particularité de ne pas être identiques, ceux de la porte étant plus hauts et larges que ceux de la fenêtre. S’ils appartiennent bien à l’esthétique néo-gothique, à cette date encore un peu à la mode, leur décor de grandes palmes relève bien de l’Art Nouveau, par leur apparent désordre et leur séduisante complication.

De part et d’autre de cette composition presque improvisée, deux têtes de chats émergent timidement dans des sortes d’écoinçons, paraissant espionner les passants avec curiosité et appréhension, derrière leurs immenses moustaches si peu réalistes ! A cette autre concession à l’art gothique, qui était très friand de ce genre de détails pittoresques, répond de très inutiles rubans, destinés à enrichir la base des quatre tiges. Cette évocation d’une certaine tradition classique apparaît ici presque incongrue. Elle nous conforte, en tout cas, dans l’idée d’un décor assez médiocrement conçu, sans autre idée directrice qu’une volonté de bizarrerie, et presque fascinant par son caractère très composite et visiblement brouillon. Les belles tiges ronceuses de la porte n’apportent aucune unité à l’ensemble, mais nous assurent d’une réalisation volontairement soignée,
Si l’Art Nouveau avait trouvé une de ses sources dans le regain d’intérêt pour l’art médiéval, dont Viollet-le-Duc avait été le champion, il est certain qu’à la date de 1902 ces deux styles s’étaient clairement et presque définitivement dissociés. Le Modern Style, assagi, s’était progressivement détourné de ses modèles gothiques. Du moins ne transpiraient-ils déjà plus d’une façon aussi évidente.

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