samedi 23 février 2008

39 avenue Victor-Hugo (16e arrondissement)


Quelques années après son magnifique immeuble du 50, avenue Victor-Hugo, Charles Plumet revint construire un édifice aux comparables proportions dans la même rue. De toute évidence, l’œuvre de 1901 servit de modèle à celle de 1913, où nous retrouvons la loggia aux belles arcatures, les larges bow-windows latéraux, la symétrie apaisante et les ferronneries toujours remarquablement dessinées, à la stylisation florale merveilleuse.
Néanmoins, il n’est pas très difficile de constater, malgré le réemploi d’une formule qui fut louée et même imitée par la suite, que l’édifice du n°50 déçoit un peu. On pourrait même le dire presque ennuyeux.
1913 est en effet une date bien tardive. A la veille de la Première Guerre mondiale, rares étaient les architectes du Modern Style restant stables sur leurs certitudes. Guimard lui-même, pourtant assez sourd aux annonces d’un style nouveau, connut un certain essoufflement dans sa créativité, sitôt construits ses derniers hôtels particuliers, avenue Mozart et rue La Fontaine. Sans doute Henri Sauvage, depuis déjà longtemps à la recherche d’un autre langage, fut-il l’un des rares pionniers du mouvement à pouvoir encore inventer des formules nouvelles à cette époque-là.

M. Chardonnier fut le commanditaire de l’édifice de Plumet, et il en fit publier la demande de permis le 7 août 1912. Sur cette parcelle, un petit édifice avait été élevé en 1892 par l’architecte Rousseau, rapidement surélevé d’un étage par Flajollot avant la fin de l’année. Le terrain était donc presque nu au moment de l’édification de cet imposant immeuble.

Mais d’où lui vient cette sagesse un peu trop conventionnelle qui ne gênait pas le regard sur l’immeuble Hubert de 1901 ? Sans doute doit-on cet étrange sentiment à l’absence de toute ornementation figurative, les éléments sculptés demeurant végétaux, en particulier sur la porte d’entrée, où se déploient feuilles de chêne et glands. Ailleurs, des motifs très stylisés, d’inspiration égyptienne, ornent colonnes, entablements et clés de voûte. Tout cela est d’un grand raffinement, mais se trouve privé de toute originalité : le chêne est une plante très conventionnelle dans la décoration des façades, et ne permet pas autant de débordements pittoresques que le tournesol, la glycine ou même la rose.

Le large vestibule, parfaitement visible au travers de la porte d’entrée, signale une solide construction, noble, sobre, avec de belles proportions, en conformité parfaite avec la destination très bourgeoise de l’édifice. Mais Plumet y renonce à tout ornement, y compris aux vitraux qui faisaient le charme de ses chantiers antérieurs.

A la même époque, M. Reifenberg commanda un immeuble de bureaux au même architecte, sur une très large parcelle située au 31-33, rue du Louvre et rue d’Aboukir, dans le IIe arrondissement. Sa demande de permis fut publiée le 7 novembre 1912.
Cet immeuble mérite d’être comparé au bâtiment de rapport de l’avenue Victor-Hugo, dont il partage le décor à feuilles de chêne et les ferronneries très stylisées. Ses entourages de fenêtres reprennent même les motifs abstraits d’inspiration égyptienne qui apparaissent déjà dans le XVIe arrondissement.
Une fois encore, Charles Plumet fait la démonstration de cet Art Nouveau très sobre, à la symétrie très classique, qui le caractérisait depuis l’abandon de précoces et rapides expériences dans une veine néo-médiévale. Mais il évita ici les belles arcades qu’il employa longtemps comme une signature, au profit de trois hautes fenêtres, reliées entre elles par de jolis arcs en pierre de taille, surmontant des tuyaux de gouttière mis en relief comme s’il s’agissait de fines colonnettes. La partie centrale de l’édifice, affichant fièrement sa destination par des ouvertures rectilignes, est agrémentée de briquettes claires imitant la couleur de la pierre.

En définitive, il serait presque permis de préférer l’immeuble de la rue du Louvre à celui de l’avenue Victor-Hugo, pour la plus grande adéquation d’un style austère à la fonction même de l’édifice. Les deux œuvres n’en annoncent pas moins les quelques œuvres d’après-guerre de l’architecte, où la ligne droite triomphante tourne définitivement le dos à l’Art Nouveau défunt.

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