samedi 2 février 2008

126 rue Legendre (17e arrondissement)


Au début de l’année 1909, lorsque les héritiers de Soyre firent publier - le 28 janvier exactement - leur demande de permis de construire pour l’imposant immeuble dont ils avaient confié le projet à l’architecte Henri Senet, l’influence néo-gothique avait pratiquement disparu de l’Art Nouveau, où elle avait pourtant trouvé un terrain formidablement intéressant, et même de l’architecture éclectique qui s’en était abreuvée pour nombre de châteaux, petits ou grands, ou des hôtels particuliers faussement médiévaux, avec gouttières ornées de gentils petits monstres et tourelles pittoresques.

Une telle construction, si importante qu’elle ne put être signée que l’année suivante, apparaît donc comme l’un des derniers dinosaures d’une esthétique moribonde, dont le public s’était définitivement lassé. Sa verticalité impressionnante, les fenêtres latérales de ses bow-windows, étroites comme des meurtrières, et ses étranges frontons directement inspirés par la Renaissance des abords de la Loire - l’époque mélangea volontiers, non sans une certaine délectation, ce qui venait directement de l’époque médiévale et ce qui relevait plus justement de l’époque suivante -, s’y accommodent fort bien d’un parement austère, en briques et pierre qui évoquerait plutôt... le début du XVIIe siècle !

Henri Senet, architecte assez prolifique et très présent à Paris - mais sur lequel on ignore pratiquement tout -, ne s’embarrassait guère de logique historique. Rue Legendre, il fit feu de tout bois, et l’Art Nouveau trouva même dans son travail une place non négligeable pour mieux parfaire son délicieux bric-à-brac, en particulier dans toutes les parties sculptées, où tout un ensemble de feuilles diverses apparaît finement ciselé sur tous les endroits où leur place était prédestinée : encadrement d’ouvertures, consoles, soubassements de balcons. Mais c’est évidemment autour de la porte d’entrée qu’il apparaît le plus ouvertement, sous la forme d’une belle rangée d’arums gracieusement détaillée.
On peut difficilement mélanger tous les styles avec autant d’audace, et ce n’est fut pas, finalement, sans un certain bonheur.

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