samedi 9 février 2008

1 rue Boulard (14e arrondissement)


Le surprenant immeuble de la rue Boulard, à l’angle du 11 rue Froidevaux, fut commandé par M. Géroudeau à l’architecte Boucher, et sa demande de permis de construire fut publiée le 13 février 1911. C’est grâce à cette publication que l’auteur de l’édifice nous est connu, puisqu’il n’a pas trouvé nécessaire de le signer.
A cette époque déjà tardive, l’Art Nouveau commençait à vouloir se muer en un style à la fois plus sévère, plus anguleux, mais sans encore renoncer à une certaine sophistication décorative. Cet immeuble est donc très intéressant, en proposant un art assagi, mais avec une réelle volonté d’originalité dans la présence de multiples ouvertures et balcons, et par la présence des motifs colorés, en mosaïques de grès aux motifs déjà très stylisés.



Grâce à l’existence d’un angle, l’architecte a pu faire l’étalage d’une grande diversité formelle, multipliant saillies et petits balcons, donnant à son œuvre l’aspect d’un petit château, mais sans chercher à exagérer le caractère défensif d’un castel à la Guimard, lui refusant toute référence directe à l’architecture médiévale. La démonstration parfaite de l’élégance décorative de l’immeuble réside dans sa belle porte d’entrée, principalement composée de trois cercles ornés de motifs floraux en mosaïque.
Qui donc était l’architecte Boucher ? Son nom pourrait sembler assez banal, mais on le rencontre finalement assez peu dans les demandes de permis de construire de la ville de Paris.











On serait donc tenté de penser que cet artiste imagina aussi la ravissante et très originale maison du 44, rue Jacques-Kablé, à Nogent-sur-Marne, qui donne l’impression d’arriver tout droit de Nancy, grâce à l’élégance de sa construction, la place faite à des morceaux audacieux de murs sans décor, la finesse des ornements.
Car cette maison est également d’un certain Boucher : c’est sous ce nom qu’elle fut publiée dans “La Construction Moderne”. Son originalité la signale visiblement comme l’œuvre d’un architecte de talent, et l’auteur de l’immeuble de la rue Boulard peut être un très sérieux prétendant à sa paternité. Grâce aux illustrations de la revue, l’aspect original de l’édifice nous est conservé. Malheureusement, ses parties les plus intéressantes ont irrémédiablement disparu, comme sa surprenante clôture en bois, son joli petit bâtiment latéral, aujourd’hui limité à un pignon qui ne sert plus qu’à séparer la propriété du terrain voisin, qui lui appartenait donc à l’origine.

Mais l’élément dont la perte partielle nous paraît aujourd’hui bien cruelle est un étrange porche, adoptant cette amusante et gracieuse forme de champignon dont l’Art Nouveau fut parfois friande. Si son arrondi a été conservé, ainsi que de les deux curieux occuli qui le surmontaient, il a malheureusement été prolongé pour former un arc de cercle banal et sans charme. Tous les vitraux qu’on devine sur les images anciennes ont également disparu, ce qui a achevé de banaliser cette maison, dont on ne plus que deviner l’originalité ancienne. La conservation de quelques petits éléments sculptés ne permet malheureusement pas de compenser une mutilation aussi radicale, faite sans goût et sans respect.

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