jeudi 17 janvier 2008

Entracte n°13 : 6 rue de la Reine-Nathalie (Biarritz - Pyrénées-Atlantiques)


Petit village côtier du Pays Basque, Biarritz s’est évidemment développé, et très soudainement, à partir des séjours qu’y fit l’impératrice Eugénie. Mais une fois passée la période du Second Empire, la ville n’en retomba pas pour autant dans l’oubli : le goût des bains de mer étant lancé, favorisé par l’arrivée du chemin de fer... la côte basque resta à la mode, même si d’autres rivages lui volèrent bien souvent la vedette, comme la côte normande ou, surtout, la côte d’Azur.
Il n’est donc pas étonnant de constater que s'y développa, autour de 1900, une construction moderne et originale. Certes, l’architecture traditionnelle basque, avec ses toitures dissymétriques, ses décorations et ses balcons en bois, gardait alors une très grande faveur. Mais quelques riches vacanciers n’hésitèrent pas à investir dans un peu d’audaces, avec l’aide d’architectes locaux ou parfois parisiens.
Parmi les premiers, H. Tétard semble avoir été fort actif à cette époque-là. Mais, si la majorité de ses édifices connus sacrifient à un style “néo-basque” sans surprise, il s’autorisa au moins une fois une sorte de folie pittoresque, d’une déroutante diversité.

La villa “Les Chardons” n’est pas construite face à la mer, mais sur une de ces jolies avenues permettant d’y accéder. Elle se signale, d’abord, par ses dimensions imposantes - très caractéristiques de l’architecture locale, où les maisons ont rarement des proportions modestes - et par une variété de motifs décoratifs qui lui donnent l’aspect d’une sorte de “florilège”, méprisant toute intention d’unité.
Elle se développe sur trois rues, étant située à l’angle de la rue et du passage des Thermes. Cette position permet ainsi de ménager de nombreux effets visuels.
La façade principale s’organise comme une petite cour, avec une travée centrale encadrée par deux massifs en avancée. Sa relative symétrie est perturbée par quelques encorbellements et des balcons suspendus, où le bois fait une apparition singulière et perturbante. L’architecte a particulièrement insisté sur la présence de ferronneries, mais aussi sur les arcs décorant les dessus de fenêtres, parés de ces jolies fleurs de chardon qui donnent leur nom à la maison. Les grandes baies du second étage, pour leur part, s’ornent de motifs en vague parfaitement Modern Style, dans un style peu nerveux qui leur confèrent un petit caractère méditerranéen ou qui les rapprochent de la “nouille” parisienne.

La façade latérale - et d’une certaine façon aussi, la façade arrière - a été traitée d’une façon très différente, même si on y retrouve ces chardons qui donnent leur unité décorative à l’édifice tout entier. Là, Tétard a opté pour des éléments plus massifs et presque rectilignes, soulignant d’une façon plus nerveuse les lignes de la construction. Ainsi, un imposant balcon en bois, soutenu par un pilier puissant, s’allie aux conduits de cheminée pour donner à cette partie un caractère faussement défensif.











Il ne serait pas impossible qu’il ait ici subi l’influence de la villa Oceana, construite par Henri Sauvage et Charles Sarazin sur l’avenue de l’Impératrice, et dont la perte - en 1975 ! - n’est malheureusement compensée par aucune autre construction contemporaine à Biarritz. Ce chef-d’œuvre austère, qui avait agréablement su mêler les grâces d’une villa balnéaire avec l’étonnante sévérité d’un imposant massif à peine percé de quelques ouvertures, avait effectivement beaucoup compté sur le nombre et le développement de ses balcons en bois. Il ne fait presque aucun doute que l’étonnante œuvre des deux parisiens a eu des échos sur la création des architectes locaux, dont la villa “Les Chardons” témoigne de façon presque ouverte.

2 commentaires:

Arnaud a dit…

Voilà un bel exemple de ce qu'était Biarritz avant la fureur bétonnière des années 60. Il faut en effet ne pas se limiter au front de mer, et se faufiler dans les petites rues adjacentes, pour découvrir de jolies constructions. C'est très intéressant aussi de la comparer (si l'on peut comparer deux lieux incomparables) avec Bayonne, sa soeur voisine à l'architecture bien plus typique de la région.

thbz a dit…

Biarritz, dans son incohérence architecturale et sa fantaisie de station balnéaire, réserve de nombreuses surprises. Il faut marcher depuis le quartier de la rue de la Reine-Nathalie jusqu'à l'avenue de l'Impératrice et continuer jusqu'au Phare pour voir des demeures de plus en plus somptueuses. Les styles varient du néo-basque (parfois très intéressant) au style de "ferme normande", avec un peu d'Art Nouveau...

Dans le quartier Saint-Martin, il y a aussi quelques grandes maisons, dont une qui a été construite par Henri Sauvage (dans un style plutôt local : rien à voir avec ce qu'il a fait à Paris).