mercredi 30 janvier 2008

1 rue Hébert (Clamart - Hauts-de-Seine)


Trop tard, mes chers amis ! Hélas... trop tard ! Cette bien amusante construction aurait certainement assuré à son expéditeur une très enviable place de choix dans le cadre du jeu de cette année. Mais je n’ai pas résisté... Il va falloir chercher ailleurs (ce qui est parfaitement possible).
Un premier indice m’en a fait découvrir l’image et l’adresse sur internet, malheureusement sans aucune information sur le nom de l’architecte. Or, celui-ci figure heureusement dans un joli petit livre consacré au patrimoine architectural de Clamart (1). Et c’est bien une chance, car la signature a aujourd’hui presque complètement disparu de la façade, stupidement amputée à l’occasion de probables travaux d’entretien. Son graphisme intéressant aurait pourtant dû lui assurer une meilleure conservation. Par chance, les services de l’Inventaire semblent l’avoir notée avant qu’elle disparaisse partiellement. La trace de l’architecte Chauron n’est donc pas tout à fait perdue.











L’édifice est situé à l’angle de la place de la Gare. A première vue, il relève d’un Art Nouveau presque banal, assez désordonné, avec des éléments de structure et de décor dont la variété signale sans doute plus un effet de style qu’un réel talent. Visuellement, la construction manque de cette belle unité qui lui aurait sans doute assuré un intérêt plus immédiat et évident.
Néanmoins, les détails sont intéressants. Non pas les ferronneries, d’un agréable modèle industriel, mais les éléments sculptés, autour des fenêtres et surtout sur la base de toutes les parties en encorbellement, entre les 1er et 2e étages. Cette sculpture ornementale relève de la “nouille” la plus divertissante, compliquée et joliment désordonnée. Si l’immeuble était un peu plus propre, ce serait un vrai régal pour les yeux !

Mais l’œuvre de Chauron ne tient d’un certain “génie” que pour un seul élément véritable : sa porte d’entrée, hallucinante composition qu’un commentateur de l’époque aurait probablement supposée issue d’un cauchemar de l’architecte ! En forme de lettre “P” inversée - ce qui permet de ménager une petite fenêtre dans la boucle, à l’usage du concierge -, elle laisse parfaitement deviner le caractère très improvisé de sa conception, dessin rapidement exécuté sur une feuille de papier, puis encombré de multiples détails. Courbes, contre-courbes et contre-contre-courbes se multiplient pour le plus grand bonheur de l’œil ! Il est rare de voir de telles choses en France. Car le nom de Gaudi, non sans une certaine justesse, n’échappe évidemment pas au jeu des comparaisons, et en dépit du fait que Chauron ne devait même pas en connaître le nom. Mais le maître catalan aurait sûrement mieux structuré sa composition, lui évitant de dégouliner avec un hasard aussi apparent. Au milieu de ces débordements d’une totale gratuité, une petite feuille dentelée vient apporter une note naturaliste très surprenante, à la limite de l’incongru, mais qui confirme le caractère parfaitement hétéroclite de l’ensemble de la construction.

On n’abandonnera pas ce délicieux divertissement visuel sans jeter un coup d’œil dans le couloir intérieur, visible au travers de la porte aux belles ferronneries, dont certaines sont d’ailleurs en accord parfait avec le décor sculpté. L’architecte s’y est à nouveau distingué avec des arcs outrepassés, très sinueux et exagérément développés. L’effet est saisissant et ne manque vraiment pas de charme. Malheureusement, j’ignore si l’imagination débordante de Chauron s’est manifestée plus avant à l’intérieur de son immeuble, n’ayant pu y pénétrer. Mais le peu que j’ai pu apercevoir de l’escalier intérieur ne laisse espérer qu’un retour à la stricte banalité d’un immeuble ordinaire, genre dans lequel cet étonnant créateur s’est sans doute plus couramment illustré.

(1) Inentaire générale des monuments et des richesses artistiques de la France - Images du patrimoine - “Une ville à l’orée du bois - Clamart - Hauts-de-Seine”, par Laurence de Finance (1997)

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