lundi 30 avril 2007

12 rue Sédillot (7e arrondissement)


J'aurais mauvaise conscience à tenter les amateurs avec mes images de la "Maison des arums" sans les inciter à se déplacer également, quelques rues plus loin, vers l'un des plus incroyables "nids" d'Art Nouveau de toute la capitale. D'autant que le quartier est assez mal desservi par le métro... Que le déplacement soit donc pleinement profitable !
Sortons ainsi la très grosse artillerie, en consacrant trois nouvelles notices aux premiers édifices, majeurs, de Jules Lavirotte, dont le destin - nous le verrons - est intimement lié. Ceci ne veut pas dire, loin de là, que tout ce que je vous ai montré jusqu'ici n'était que des apéritifs. Mais s'il faut parler de chefs-d'œuvres absolus, en voici. Certainement.
D'origine lyonnaise, Lavirotte n'avait pratiquement rien construit avant l'hôtel qui lui fut commandé par la comtesse de Montessuy, dans la charmante et tranquille petite rue Sédillot. Au moment de la demande de permis, du 11 février 1898, la dame habitait 116 rue Saint-Dominique, soit dans les environs immédiats. Il existe, un peu plus haut dans le même quartier, une rue "de Monttessuy" (avec deux "T"), dont le Dictionnaire historique des rues de Paris, de Jacques Hillairet, nous apprend qu'elle porte le nom d'un comte de Monttessuy, depuis 1873. Assurément, cette famille devait posséder de nombreux terrains dans cette partie de l'arrondissement.
D'emblée, l'architecte s'est ingénié à créer une œuvre singulière, qui pastiche ouvertement, et non sans humour, l'architecture classique alors dominante dans les milieux de l'aristocratie et de la grande bourgeoise. La propriétaire devait être audacieuse ou passablement provocatrice pour s'associer à un tel défi !
Nous avons ainsi droit à quelques poncifs de l'éclectisme : grands balcons pour les espaces nobles, tourelle latérale aux larges ouvertures. Mais avec la superposition d'un décor assez envahissant, des ferronneries complexes, et surtout une animation de l'élévation qui propose soudainement de l'édifice l'aspect d'un soufflé soudainement monté, débordant de partout, à la fois pompeux et grotesque. Et pourtant si neuf !

La tour est particulièrement étonnante. Son ornementation compliquée - où s'inscrit malgré tout un mascaron féminin d'un classicisme volontairement dérisoire - évoque presque l'art médiéval allemand, avec ses éléments métalliques paraissant tout droit sortis d'un blason, jusqu'aux animaux fantastiques portant, dans leurs gueules, l'appui de la fenêtre du second étage !
Le mélange stylistique de ce décor assez délirant est particulièrement sensible dans la porte d'entrée, variation évidente de celle du Castel Béranger qu'Hector Guimard - Lyonnais, lui aussi - était alors en train d'achever au 16 rue La Fontaine. Mais, encore une fois, Lavirotte y associe des éléments baroques et médiévaux à un classicisme boursouflé, ouvertement caricaturé. Presque ridiculisé.


Pourtant, et très paradoxalement, l'édifice sait rester délicat dans tous ses détails, ce qui confère encore plus de force à sa nouveauté : la sculpture est fine, le travail du métal délicat et original, et Lavirotte a introduit des carreaux et des colonnes en grès flammé, œuvres du céramiste Alexandre Bigot, pour ajouter de délicates notes de couleur. Cette recherche très sophistiquée d'un graphisme complexe se retrouve jusque dans la signature de l'architecte, l'une des plus belles de toute l'histoire de l'Art Nouveau.

33 rue du Champ-de-Mars (7e arrondissement)


Le bel immeuble édifié par Raquin dans cette rue discrète, proche du... Champ-de-Mars, porte depuis longtemps le joli nom de "maison des arums", à cause de son décor sculpté abondamment végétal. Il fut commandé par M. Bouvet, habitant alors 8 rue Constance, qui demanda son permis de construire le 20 avril 1904.
S'il figure aujourd'hui parmi les chefs-d'œuvre de l'Art Nouveau parisien, c'est probablement parce qu'il permet d'évoquer assez bien quelques autres édifices aujourd'hui disparus, comme l'étonnant hôtel d'Yvette Guilbert, de Xavier Schœllkopf (qui nous avons déjà évoqué avec le 29 boulevard de Courcelles), probable modèle direct des surprenantes fenêtres de son dernier étage.
L'œuvre de Raquin évoque assez volontiers une architecture méditerranéenne, espagnole peut-être, italienne plus sûrement. Il n'y a qu'à se rendre à Nice pour retrouver une comparable exubérance, un peu outrancière, une fantaisie pareillement brouillonne. On ne sait où porter le regard ! Certes, le sculpteur semble avoir été un peu "rustique", mais c'est bien ce qui fait le charme de cet immeuble, où le décor n'est jamais vraiment réaliste, n'oubliant jamais qu'il est en pierre.



Qui était donc l'auteur de cet édifice hautement ludique, baroque en diable, surprenant dans tous ses détails - on n'oubliera pas d'admirer la porte métallique qui ferme le petit porche central -, paraissant déborder de l'alignement trop uniformément sage de la rue ? Les permis de construire permettent de le suivre dans les 16e, 9e ou 20e arrondissement. Mais il paraît n'avoir rien dessiné d'aussi original. En tout cas, il n'est resté dans les mémoires que pour cet immeuble.
Mais si une jolie surprise nous était réservée, je ne manquerai pas de vous en faire part !

mercredi 25 avril 2007

72 route de Montesson (Le Vésinet - Yvelines)


Déjà près d'une dizaine d'articles, et toujours pas un mot d'Hector Guimard ? Ceci semble devoir être réparé. Non pas immédiatement avec une de ses constructions véritablement parisiennes (pour l'essentiel dans le XVIe arrondissement), mais avec une de ses surprenantes maisons de banlieue : la villa Berthe, de 1896.
A cette date, le jeune architecte de 29 ans était déjà totalement investi dans son ambitieux chantier du Castel Béranger, 16 rue La Fontaine, à Paris ; ses rares autres projets contemporains concernaient essentiellement des aménagements intérieurs (la Bodinière et le salon de thé Melrose, dans le quartier de la gare Saint-Lazare ; la propriété Roy, à Châtillon-Coligny ; le magasin de l'armurier Coutollau à Angers). Cette maison du Vésinet constitue donc la seule œuvre architecturale véritablement importante qui fut édifiée en même temps que le Castel Béranger, soit entre 1895 et 1898.
Qui était véritablement le commanditaire, M. Noguès, alors déclaré "rentier", qui demeurait 51 boulevard Malesherbes ? A l'église Sainte-Marguerite du Vésinet, deux vitraux ont été offerts par la famille, le premier "à la mémoire de Palmyre Noguès", en 1889, le second en 1902. Par ailleurs, au moment de la récente découverte du Monument aux Morts du lycée Michelet de Vanves (réalisé par Guimard en 1920), nous nous sommes aperçus qu'un certain Roger Noguès figuraient parmi les noms inscrits sur les trois plaques de marbre. Il semble donc aujourd'hui certain que les Noguès avaient des attaches déjà anciennes avec la ville du Vésinet, et que Guimard en connut certainement un membre lorsqu'il fit quelques années d'études à Vanves, entre 1879 et 1882. Son commanditaire n'était donc pas un client fortuit, mais un parent probablement proche d'un de ses anciens camarades d'école.
La villa Berthe est une maison cossue, construite sur un vaste terrain. Elle fut, pour Guimard, une magnifique opportunité de réaliser un édifice ambitieux, et sans aucune contrainte d'espace, ce qui n'allait guère être le cas pour la plupart de ses villas ultérieures, du moins jusqu'au Castel d'Orgeval, en 1904. Pourtant, malgré de magnifiques détails, dans les parties sculptées, dans les discrètes céramiques ou dans les ferronneries - dont l'impressionnant portail ouvrant sur la propriété -, nous y sentons une imagination bridée, comme dominée par l'esprit de cette ville très bourgeoise, créée de toutes pièces sous le Second Empire. Et, de fait, on y sent l'architecte relativement peu investi, y expérimentant surtout des modèles pour le Castel Béranger, le seul ouvrage qui l'ait alors totalement intéressé. Néanmoins, il s'agissait d'un formidable terrain d'expérimentation. Et si la façade principale avoue une sagesse et une symétrie de trop bon aloi, l'élévation postérieure apparaît heureusement plus audacieuse.


















Puisqu'il est possible de trouver ailleurs, par-ci, par-là, des reportages photographiques assez significatifs sur cette élégante construction, nous n'insisterons donc que sur quelques éléments de décoration intérieure, heureusement préservés, pour certains véritablement inédits. Si les salons du rez-de-chaussée ont perdu leur décoration de 1896, l'escalier apparaît d'une sobriété astucieusement ponctuée d'éléments sculptés, qu'on allait bientôt retrouver dans la forme de certains vases, créés par Guimard en bronze ou en céramique. Comme dans beaucoup de grandes villas du Vésinet, le second étage était réservé aux enfants. Une vaste pièce centrale constituait leur pièce à vivre, tout à la fois nurserie et salle de jeux. A la Villa Berthe, cet espace a conservé ses éléments de rangements, comparables à ceux du Castel Béranger, très étonnants par leur juxtaposition dissymétrique presque arbitraire. Les plafonds et une partie des murs rampants y sont ornés de hourdis, identiques à ceux du sommet de l'escalier conduisant à la terrasse. Guimard allait les réutiliser, bien évidemment, dans son immeuble de la rue La Fontaine.
La terrasse, qui coiffe une grande partie de la maison, était un espace certainement inutile, puisque les Noguès bénéficiaient d'un assez grand jardin - où certains éléments originels ont d'alleurs été conservés, comme une fausse rocaille, le garage, la petite cabane à outils, et même les sobres murets qui ponctuent les pelouses d'un joli dessin ondulant -, mais elle a donné lieu à une création très originale, presque intime, ceinturée par de puissants garde-corps en fer forgé. Ceux-ci sont probablement ce que Guimard a créé de plus remarquable pour Le Vésinet, et leur dessin est presque ouvertement emprunté à l'Art Nouveau belge, récemment découvert lors de son voyage de 1895, mais dont il allait rapidement s'affranchir. Ils montrent, en tout cas, que le nouveau style architectural, alors en pleine gestation, ne lui fut pas immédiatement naturel. Pour en devenir un maître, Guimard dut passer par une évidente phase d'imitation et d'expérimentation, période dont cette villa est un témoignage essentiel, souvent inabouti, mais extraordinairement éloquent.

dimanche 22 avril 2007

rue de Capri (12e arrondissement)


Promenons-nous à présent dans une très courte rue du 12e arrondissement, au nom déjà très poétique. Cette rue de Capri offre la particularité d'être l'œuvre exclusive d'un seul architecte, Ch. A. Lemaire, artiste qui fut assez prolifique, notamment dans l'ouest parisien. Pour ce que nous en connaissons, ses constructions sont toujours agréables à regarder, même si elles manquent parfois du petit grain de folie qui a fait le succès des grands bâtisseurs de son époque.
Ici, la surprise est réelle, puisque Lemaire ne s'est pas cru obligé de répéter à l'infini la même façade et le même décor, proposant ainsi une très grande variété visuelle. Il s'en trouve que, à côté d'immeubles sans grande originalité - normal, en cette époque tardive où l'Art Nouveau triomphant s'essoufflait de plus en plus dans ses concessions aux "grands styles" -, quelques autres apparaissent vraiment comme de jolies constructions, notamment aux n°1, 5 et 11 bis.
La seconde originalité de ce lotissement tient au fait que Lemaire était, pour l'essentiel, le propriétaire et le promoteur de ces édifices. D'ailleurs, dans les successives demandes de permis, il négligea souvent de se mentionne, soit comme architecte, soit comme commanditaire. Ces demandes se sont succédé du 24 juillet 1909 (pour le n°2, à l'angle de la rue de Wattignies), 3 août (n°4), 6 août (n°11), 10 août (n°1 bis), 17 août (n°8 et 11 bis), 30 août (n°6), 6 octobre (n°5), 11 octobre (n°1), 6 novembre (n°7), 10 novembre (n°12), 18 novembre (10 bis), 24 novembre (n°10), 5 janvier 1910 (n°9 et 12), jusqu'au 16 février 1910 (n°3 bis et 7). Dix-sept immeubles, donc, dont seulement trois n'appartenaient pas à l'architecte : le n°1 bis, à Mlle Pichot, demeurant à Boulogne-sur-Seine ; le n°3 bis, à M. Marc, 20 rue Louis-David, et le n7, à M. Fantou, 32 rue de la Croix-Nivert. Nous ignorons la raison d'une telle multiplication de demandes, souvent à quelques jours d'intervalle, mais elle dût être probablement financière.












D'une manière générale, on pourrait presque qualifier le décor de ces immeubles de "nancéens", tant ils sacrifient à la fleur de chardon, pour la décoration, ou aux hauts pinacles d'inspiration médiévale, si fréquents dans l'Art Nouveau de la capitale lorraine (au n°1, surtout). Ailleurs, au n°5, une porte s'inspire visiblement du modèle proposé par Guimard au Castel Béranger, et repris par Lavirotte dans son hôtel de la rue Sédillot, avec son grand arc interrompu par deux fortes colonnes. Plus loin encore, au n°11 bis, Lemaire a joué sur la fantaisie d'une décoration très élégante, assez ludique, et totalement gratuite. Les beaux immeubles - qui lui appartenaient tous - se remarquent ainsi par ces efforts particuliers de décoration, plus soignée et plus abondante.

29 boulevard de Courcelles (8e arrondissement)


Cette grande et massive façade de pierre n'attire pas toujours l'attention au premier regard. Ses références au rococo sont si évidentes qu'on pourrait en négliger les beaux détails Art Nouveau : sculpture florale de Rouillière, ferronneries répétitives mais délicates, ondulation délicieuse de l'élévation, magnifique dessin des fenêtres sous comble.
Xavier Schœllkopf, architecte d'origine russe, est avec Jules Lavirotte l'un des maîtres de la veine baroque de l'architecture 1900. Tout comme son confrère, il n'a pas énormément construit. Et, malheureusement pour lui, ses œuvres les plus importantes, les hôtels Sanchez de Larragoiti (avenue d'Iéna) et Guilbert (avenue Berthier), ont été défiguré ou détruit. Il nous reste néanmoins cet important immeuble, un peu plus tardif, construit pour Mme Bertrand. Celle-ci déposa sa demande de permis de construire le 30 mars 1901. Un peu plus d'un an auparavant, le 7 mars 1900, propriétaire et architecte s'étaient déjà associés pour la surélévation de la propriété adjacente, 90 boulevard Malesherbes, et Schœllkopf y dessina un escalier qui ressemble beaucoup à celui du boulevard de Courcelles.





Car, peut-être plus que la façade, ce sont les espaces communs qui se révèlent ici remarquables, en particulier la somptueuse décoration de l'allée carrossable qui permet, en contournant entièrement la loge du concierge, de déposer les invités - au sec - devant un extraordinaire vestibule. Jolie idée d'architecture fonctionnelle ! La cage d'escalier, adoptant la forme ondulante d'une sorte de haricot, laisse déborder de sa rampe en fer forgé des fleurs de chardon - qui partage avec l'iris la riche ornementation de cet intérieur -, où se cachent poétiquement les ampoules électriques.
Rouillière fut le sculpteur fidèle de Schoœllkopf, et avait dessiné pour lui l'extraordinaire façade et l'impressionnant escalier en pierre de l'hôtel de la chanteuse Yvette Guilbert. Par la qualité de son travail, il mériterait amplement de partager la paternité de cet immeuble, dont la taille constituait un défi décoratif tout à fait considérable, et bien plus difficile que pour un plus modeste hôtel particulier.

mercredi 11 avril 2007

Entr'acte n°1 : ... à Nantes





Dans mon tout premier message, j'avais évoqué la possibilité de sortir de Paris. Comme le temps s'y prête actuellement, promenons-nous... Un récent voyage à Nantes m'a permis de revisiter "La Cigale", à Nantes. Un vrai régal pour les yeux, à chaque fois !
La façade de cette brasserie - située sur la place Graslin, quelque peu excentrée par rapport au centre-ville - ne donne aucun indice véritable sur ce qui attend le consommateur à l'intérieur, sauf peut-être les discrètes petites cigales qui ornent les sobres panneaux de faïences. Ces cigales sont un évident hommage à la fable de La Fontaine - et non à une hypothétique Provence, bien trop lointaine -, avec leurs amusantes guitares en bandoulière : il s'agit de la cigale avant l'hiver, insouciante et joyeuse. On ne verra donc jamais la fourmi dans cette brasserie ! Du moins, je ne l'ai pas vue. Ainsi, pas de morale triste en ce lieu...
A l'intérieur, c'est une tout autre affaire. L'endroit est composé de quatre salons, très différents les uns des autres, tant par leurs dimensions que par leur décoration. Celle-ci est composée de peintures, de sculptures en terre cuite, et surtout de panneaux de faïence, d'une incroyable diversité, et agencés dans un délicieux désordre. Un véritable catalogue ! Il y en a partout ; on ne sait où porter son regard.
Le créateur principal de ce décor s'appelait Emile Libaudière, mais l'imposant groupe sculpté placé au-dessus de la porte de la cuisine est signé "E. Gaucher". Nul doute : cet ensemble très ludique, extraordinairement bien conservé, est une oeuvre collective.
Il ne semble y avoir aucune unité iconographique, même si la plupart des panneaux est consacrée aux plaisirs de la table et de la bière, puisqu'on on y voit aussi des élégantes très "1900", des bateaux, des fleurs, des oies devant des moulins, et sans doute aussi quelques véritables portraits, dont celui du chef cuisinier de l'époque.
Nantes n'est pas resté célèbre pour ses curiosités Art Nouveau : ses lieux de divertissement ont tous disparu, et les quelques villas construites dans sa périphérie immédiate semblent avoir subi le même sort. Reste heureusement cette adorable brasserie où, le temps d'un café ou d'un déjeuner, la remontée dans le temps est garantie.





mercredi 4 avril 2007

9 rue Chanzy (11e arrondissement)


Attention, petit chef-d'oeuvre ! On ne s'y trompa d'ailleurs pas à l'époque, puisque A. Raguenet consacra une partie du 170e numéro de ses "Monographies de bâtiments modernes" (malheureusement jamais datées) à cet exquis petit hôtel particulier, construit par Achille Champy, alors domicilié 16 rue d'Arvon, pour M. Léon. Le permis de construire fut demandé le 11 avril 1902.
L'édifice a miraculeusement traversé un siècle sans subir un seul dommage et son aspect actuel reste identique au dessin publié au début du XXe siècle. Pourtant, à considérer la construction très moderne, en briques claires, qui le borde sur la gauche, on peut imaginer que son destin a pu être plusieurs fois menacé depuis sa construction.


Pourquoi un chef-d'oeuvre ? Tout simplement parce que cette pittoresque maison détonne complètement dans le paysage de l'Art Nouveau parisien. La structure de la façade évoque irrésistiblement les petits hôtels étroits de Bruxelles, et la forme même des ouvertures nous rappelle le style de l'école de Victor Horta, chef de file de l'école belge. La haute fenêtre percée dans le toit évoque aussi la Belgique, mais également certaines constructions de Nancy. L'alternance de pierre et de briques est d'ailleurs très caractéristique du modernisme septentrional. Pourtant, l'étonnante sculpture végétale se rapproche plus volontiers de l'univers catalan, notamment les curieuses excroissances organiques de Puig y Cadafalch ou même du premier Gaudi. De toute évidence, Champy a vu et assimilé les nouveautés de son époque. Mais, pour cet hôtel, il chercha plus volontiers son inspiration dans l'oeuvre de ses confrères étrangers, sans doute alors peu familiers du grand public - car peu publiés en France -, mais certainement bien connus du petit monde des architectes.



Nous retrouverons certainement, plus tard, ce bien intéressant artiste, aujourd'hui totalement oublié. Car il nous a laissé d'autres édifices Art Nouveau de belle qualité, même s'ils sont loin d'avoir l'originalité du petit hôtel de la rue Chanzy.