samedi 8 décembre 2007

rue Louis-Boilly (16e arrondissement)


Architecte prolifique, d’une qualité toujours probe et souvent égale, Charles Labro fut certainement l’un des meilleurs représentants de l’Art Nouveau finissant. Ayant incorporé les meilleures innovations du mouvement dans une architecture de bon aloi, d’essence pourtant profondément classique, il sut généralement s’en servir pour varier ses façades et apporter à leur décor des variations intéressantes. Ses quatre immeubles de la rue Louis-Boilly en sont une parfaite démonstration.
Leur genèse est difficile à déterminer, puisque la rue, à l’époque nouvellement percée, n’a pas reçu le nom du peintre Boilly avant l’année 1913. Le premier édifice, dessiné pour M. Kiesgen, fut déclaré le 22 mars 1911, à l’adresse du 19, boulevard Suchet. Les deux suivants, publiés le 14 avril 1911 pour Hanin et Fauvet, propriétaires, furent très sommairement situés sur une “rue nouvelle (avenue Raphaël)”. Près d’un an plus tard, le 28 mars 1912, Labro lui-même se déclara lui-même le commanditaire du dernier immeuble, à nouveau au “19, boulevard Suchet”. Toutes ces adresses apparaissent visiblement imprécises, localisant en fait tous les projets sur l’une des voies perpendiculaires. Mais, quantitativement, nos quatre édifices semblent bien avoir fait l’objet de demandes de permis de construire individuelles. Ils constituent aujourd’hui les n°3, 5, 7 et 9 de cette rue Louis-Boilly, beaucoup plus connue pour être l’adresse, sur le trottoir opposé, du musée Marmottan.

Un parti d’unité, bien compréhensible, rend ces immeubles très similaires, d’un point de vue de la construction. Mais leur décoration les singularise les uns des autres, au point qu’on pourra volontiers oublier celui du n°5, au classicisme presque banal, et où nulle trace d’Art Nouveau ne semble apparent. Sa voisine, au n°7, propose un décor déjà plus délicat, avec des colonnes engagées et surélevées, de part et d’autre de la porte, qui rappellent encore vaguement le parti adopté par Guimard au Castel Béranger, et un très séduisant décor de fleurs d’églantier.

Mais la construction du n°3, où l’arum a été choisi comme plante décorative principale, se signale par un dessus de porte particulièrement séduisant : deux jeunes femmes nues prennent appui au sommet du chambranle, comme deux commères surveillant les allées et venues des habitants de l’immeuble, naïades aussi indiscrètes que séduisantes. Le sculpteur de cette amusante scène de genre, aussi talentueux que modeste, est malheureusement resté anonyme.

Tout aussi anonyme est demeuré le ferronnier de la superbe porte du n°9, où deux gros chats s’étirent doucement, en direction d’oiseaux cachés dans des rosiers aux enroulements savants. Sur le reste de la façade, les roses laissent progressivement la place aux volutes délicates de fougères, notamment sur les arcs tronqués, si caractéristiques du langage décoratif de Labro.

De par sa situation à l’angle du boulevard Suchet, ce dernier immeuble est évidemment le plus ambitieux de ce petit lotissement. Il s’orne d’une belle loggia, au cinquième étage, dont les arcatures dissymétriques offrent un joli effet ornemental. Cette singularité n’échappa sans doute pas au jury du Concours de façades de la ville de Paris, qui lui attribua une des quatre primes attribuées aux maisons construites pendant l’année 1912. Charles Labro avait déjà figuré parmi les lauréats du même concours, en 1901, pour son immeuble du 6, rue de l’Abbaye.

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