samedi 24 novembre 2007

Evénement : L’Exposition “Album d’un collectionneur” au musée Horta (Bruxelles)


L’Art Nouveau parisien est actuellement à l’honneur, jusqu’au 13 janvier 2008, dans les magnifiques salons du musée Horta, 25 rue Américaine, à Bruxelles, sous la forme d’une petite, mais très sympathique et intéressante exposition consacrée à Hector Guimard.
Pourquoi Guimard ? Et pourquoi à Bruxelles ? Il n’est pas inutile de rappeler ici que le jeune architecte français, lauréat d’une bourse de voyage en 1894, profita de l’argent de ce prix pour visiter la Grande-Bretagne, la Belgique et les Pays-Bas. Dans la capitale belge, il rencontra probablement Paul Ankar, qui commençait alors à se faire un nom flatteur, qui lui présenta certainement Victor Horta, alors bien moins connu, mais déjà auteur de quelques hôtels singuliers. Horta achevait alors l’hôtel Tassel, dont l’influence fut immense sur la créativité de Guimard, au point que celui-ci affirma fréquemment l’effet bénéfique de cette rencontre ; il présenta même quelques photographies des ouvrages de Horta lors d’une de ses participations au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts.


L’occasion est ainsi donnée de voir la majorité des cartes postales d’époque représentant les principaux ouvrages du représentant principal de l’Art Nouveau parisien. En effet, à une époque où ce support commençait à se développer d’une façon extraordinaire - avant la Première Guerre mondiale, toute la France fut ainsi photographiée, n’oubliant aucun village, aucun monument remarquable, ni aucun site pittoresque -, l’architecte du Castel Béranger s’en servit, d’une façon très originale, pour assurer la promotion de son travail : à l’occasion de la première Exposition de l’Habitation, en 1903, il prit l’initiative de publier une importante série de cartes, présentant un large panorama de ses œuvres, hôtels particuliers, immeuble, usine, villas, sans compter les éphémères pavillons d’exposition et les édicules du métropolitain. Une de ces cartes le représente même au travail, dans son bureau de la rue La Fontaine. Cette série très étonnante, agrémentée d’un titre bien provocateur - “Le Style Guimard” -, était offerte dans un joli petit cartonnage. L’artiste la proposait en trois qualités : en noir et blanc, la même avec un lettrage rouge, et en couleurs.


Très attentif à garder un droit de regard strict sur toutes les reproductions de ses travaux, Guimard avait interdit toute reproduction du Castel Béranger, en dehors du luxueux album publié en 1898 et, au moins jusqu’à la parution de ses propres cartes, veilla à ne pas voir ses édifices figurer sur des supports qui n’auraient pas reçu son autorisation. Néanmoins, il ne put empêcher aux éditeurs de faire des prises de vue dans les rues, ce qui nous vaut des images précieuses de maisons aujourd’hui détruites ou défigurées, comme la Sapinière à Hermanville, le Castel Henriette à Sèvres ou le Modern Castel à Garches. Heureusement ! Car certains d’entre elles, comme la Surprise, à Cabourg, nous seraient aujourd’hui totalement inconnues. Nous présentons ici deux vues de cette étonnante villa balnéaire, témoins de ses deux campagnes de construction.
Guimard réitéra par deux fois cette expérience. La première, autour du Castel d’Orgeval, à Morsang-sur-Orge, devait contribuer à faire la promotion du lotissement du vaste Parc Beauséjour. La seconde, à la fin de sa période Art Nouveau, présentait les façades et les plans des immeubles de la rue Agar, évidemment afin de faciliter la vente des appartements.
Divers autres documents promotionnels sont présentés au musée Horta et en particulier l’exemplaire de l’album du Castel Béranger dédicacé par l’auteur à son confrère bruxellois

L’exposition permet évidemment, par la même occasion, de visiter la maison personnelle de Victor Horta (1898-1900), chef-d’œuvre de sa période “classique”, dont une partie était réservée à son agence d’architecture. Organisée autour d’une étroite mais très gracieuse cage d’escalier centrale - dont la verrière et les miroirs en forme d’ailes de papillon ont fait l’objet d’une question, dans mon récent petit jeu -, elle fut heureusement acquise par la commune de Saint-Gilles, dès 1961, et le musée ouvrit ses portes dès 1969. Dieu sait quel destin funeste ne l’aurait pas attendue sans cet acte audacieux, à une époque où l’Art Nouveau était encore considéré comme démodé, vulgaire et dénué de tout intérêt ! L’édifice n’avait alors malheureusement plus son mobilier d’origine, en dehors des éléments fixes de boiseries - en particulier dans l’étonnante salle à manger entièrement carrelée -, ses vitraux, ses mosaïques et ses éléments de quincaillerie, mais une judicieuse et constante politique d’acquisitions a permis de remeubler peu à peu la maison, avec des créations très diverses de l’architecte - tapis, luminaires, sièges -, témoins précieux de son étonnante et prolifique créativité.











La commune vient judicieusement d’acquérir un immeuble adjacent, qui devrait permettre au musée de se développer, notamment en organisant des expositions temporaires dans des espaces spécialement aménagés à cet effet.
Profitons de l’occasion pour signaler que la série “Le Style Guimard”, judicieusement numérotée par son auteur, s’arrête étrangement au numéro 23. Et pourquoi pas une vingt-quatrième (soit deux douzaines), nombre plus harmonieux et logique ? Il resterait donc peut-être une dernière image à découvrir, que les nombreuses recherches effectuées depuis trente ans n’ont pas encore réussi à retrouver. S’agissait-il d’un autre portrait de Guimard ? D’un édifice inconnu ? Quelqu’un serait-il en mesure d’apporter la moindre information sur ce document mystérieux ? Il ne faut pas désespérer de le retrouver un jour ou l’autre.

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