dimanche 25 novembre 2007

8 rue André-Pontier (Nogent-sur-Marne - Val-de-Marne)


Pour ceux qui auraient aimé notre première excursion à Nogent-sur-Marne, pourquoi pas y retourner une seconde fois ? Car Georges Nachbaur et ses fils n’ont pas été les seuls architectes intéressants de cette étonnante ville, qui mériterait d’être considérée comme un véritable foyer d’Art Nouveau. En tout cas, elle ne cessera pas de révéler des trésors à ceux qui voudraient bien passer un peu de temps à musarder dans ses rues.
G. Damotte fut à l’époque un concurrent sérieux des Nachbaur, même s’il ne se montra pas aussi virtuose dans l’agencement des volumes, ni audacieux dans l’utilisation de la couleur. Mais sa maison personnelle, construite en 1902 à l’angle de la rue des Héros-Nogentais, n’en est pas moins une construction originale.

Elle nous rappelle que l’Art Nouveau est né à Paris sous forme de petites maisons en meulière, et qu’il doit beaucoup au pittoresque naturel de cette architecture vernaculaire. Dans ses grandes lignes, la maison de Damotte se présente véritablement comme une villa de banlieue, avec ses pierres noyées dans le mortier imitant la meulière. Sur sa façade secondaire, elle propose même une petite loggia en briques, avec un petite décoration en céramique bleue, telle qu’on en trouve, par centaines, dans tout le bassin parisien.












Mais Damotte avait plus d’un tour dans son sac. D’abord, en ornant tout le haut des murs, juste sous le toit, avec un épais semis de feuilles en stuc. Puis en plaçant de jolis vitraux abstraits sur les fenêtres de la chambre principale du premier étage. Mais son morceau de bravoure, comme chez beaucoup de ses confrères, reste la composition de la porte d’entrée, d’un dessin ingénieux et compliqué, mêlant la brique, la pierre et la ferronnerie avec beaucoup d’invention. Cette porte constitue, en fait, l’accès à un petit porche qui, grâce à une volée de marches, conduit à la porte véritable de la maison. Mais, par ses jeux compliqués d’arcs et de rambarde sculptée, elle donne une ambition totalement insolite à une habitation qui, sans elle, n’aurait été qu’une maison de banlieue comme une autre. Son allure faussement palatiale, très ostentatoire et d’un chic un peu tape-à-l’œil, apporte tout à coup à l’édifice une originalité à côté de laquelle il aurait pu facilement passer. On retrouve la virtuosité du travail de ferronnerie sur la rampe du charmant petit escalier, travail à la fois très simple et d’une inventivité très divertissante.

Damotte construisit également une salle de bal mauresque, près de la Marne, et il est aussi l’auteur d’une charmante villa, au 41, rue de Joinville, à Fontenay-sous-Bois (1909). Cette dernière construction, malgré ses carreaux de faïence et son petit air de castelet néo-gothique, ne peut en rien rivaliser avec le caractère très surprenant de la maison de la rue André-Pontier. Celle-ci semble donc bien avoir été le chef-d’œuvre de son auteur. Mais on ne s’en étonnera guère, les architectes s’étant toujours sentis beaucoup plus libres dans leur création lorsqu’ils agissaient pour eux-mêmes, sans aucune contrainte imposée par un commanditaire. Ils n’étaient alors retenus que par des impératifs financiers, dans le cadre duquel ils pouvaient se laisser aller à toute leur fantaisie.

1 commentaire:

A Parisian in Pinas a dit…

Article tres interessant... J`ai vecu quelques annees en face de cette maison. Bravo pour la recherche et les photos.