samedi 1 septembre 2007

5-7 rue Ernest-Lefèvre (20e arrondissement)


Au début du XXe siècle, les cités ouvrières étaient d’autant moins éloignées de Paris que le Métropolitain, alors à peine commencé, ne permettait pas encore des déplacements importants et rapides à l’intérieur de la capitale. Si celle-ci possédait depuis longtemps un urbanisme très dense dans ses quartiers anciens, les arrondissements périphériques, formés par l’annexion, en 1860, d’une importante couronne de villages - Belleville, Auteuil, Vaugirard... -, étaient encore très peu construits. En 1900, on y voyait encore beaucoup de petites maisons, des terres cultivées, de modestes entreprises installées dans des bâtiments en bois, des terrains vagues. Dans les années 1960, il y avait encore, rue Boileau, une ferme où les Parisiens pouvaient encore aller chercher leur lait, fourni par les dernières vaches de la capitale !
Il n’y eut donc aucune difficulté à construire des logements pour ouvriers à l’intérieur même de la ville, et à fixer ainsi, de façon très durable, l’image de quartiers traditionnellement populaires.

L’époque 1900 fut un très intéressant moment de réflexion sur le bien-être des petites gens, et principalement par le biais de leur habitat. Des sociétés immobilières, spécialisées dans le logement populaire, se constituèrent alors par dizaines, souvent pourvues d’une justification caritative. Ces édifices, évidemment de grande taille, allaient rapidement prendre le nom de H. B. M. (habitations à bon marché), en s’accompagnant d’une implantation presque exclusive le long des boulevards des Maréchaux, avant de devenir - bien longtemps après - nos fameux H. L. M.. Quelques architectes se spécialisèrent ainsi dans ce type d’édifices et Auguste Labussière offrit à Paris plusieurs des plus intéressants d’entre eux.
Celui-ci, entrepris par la “Société civile du groupe de maisons ouvrières”, domiciliée au 21, rue Monsieur, fit l’objet d’une demande de permis de construire, publiée le 19 février 1904. On y remarque que l’architecte n’y est pas été mentionné. Mais, d’une manière générale, les auteurs des plans de ces immeubles n’étaient jamais nommés, indice très probable qu’ils intervenaient alors comme membres de la société commanditaire.


Les constructions de la rue Ernest-Lefèvre sont d’une grande simplicité : trois grands corps de bâtiments autour d’une cour intérieure. Leurs façades ne sont animées d’aucune saillie, et le décor est presque exclusivement constitué de carreaux de faïence industrielle, à jolis motifs de fleurs sur fond vert. L’architecte a donc essentiellement concentré son effort sur l’entrée principale, grande arche sculptée surmontant une large et superbe grille ouvragée. Sous un imposant balcon de pierre, le délicat sculpteur Camille Garnier, connu par plusieurs décors d’architecture en dehors de sa véritable activité de statuaire, a représenté une grande scène, au milieu d’immenses branches d’églantier, d’interprétation assez délicate : à gauche, une belle jeune femme semble verser de l’eau sur les fleurs, au moyen d’un curieux objet creux, en regardant un groupe de quatre personnages tournés vers elle, constituant une famille ouvrière. Sans doute n’y a-t-il pas grand symbolisme à tirer de ce ravissant relief, en dehors d’une atmosphère de bonheur calme et de confiance que ces immeubles semblaient vouloir promettre à qui voulait s’y installer.

Dans le passage couvert apparaissent les logements des concierges de ce complexe immobilier, dont les portes sont entourées de gracieuses frises fleuries, où se distinguent principalement des branches de marronnier.

3 commentaires:

Arnaud a dit…

Il y a un HBM comparable de Labussière, rue d'Annam (dans le 20ème aussi). La grande arche est d'ailleurs similaire (la femme à gauche, la famille à droite). Mais le passage est beaucoup plus beau car recouvert de mosaïques. Le bâtiment surplombe d'ailleurs le quartier des Amendiers : vraiment imposant, voire... majestueux. Le reste de cette petite rue est une suite d'affreux bâtiments modernes, malheureusement.

Le mateur de nouilles a dit…

Et d'autres encore, cher Arnaud ! dans le 15e arrondissement notamment. Labussière faisait partie, véritablement, de ce qu'on pourrait appeler des architectes "spécialisés". J'ai découvert la rue Ernest-Lefèvre, un peu par hasard je l'avoue, et j'ai été sensible à la qualité du travail de sculpture et au caractère presque bucolique de cette charmante petite rue. Et puis elle est dans le 20e... cela devait vous plaire, non ? Mais j'irai voir aussi la rue d'Annam, c'est promis...

veroshehe a dit…

bonjour , mes grands parents habitaient cet immeuble et je tenais à vous dire que dans le 15eme il y a un immeuble bien plus beau qui a été renové au 63 rue de l'Amiral Roussin a voir à voir à voir (ces deux immeubles font parti de la fondation Lebaudy ) il y en a encore quelques uns dans Paris de la meme époque