dimanche 2 septembre 2007

32 avenue du Général-de-Gaulle (Vincennes - Val-de-Marne)


J’ai déjà évoqué l’architecte Maurice Porche (à propos de la maison qu’il construisit rue Saint-Charles et qui se retrouve aujourd’hui dans un bien triste état), en disant qu’on connaissait également de lui une maison à Vincennes. Je pensais alors à un édifice bien particulier, magnifiquement placé face au célèbre château.
Ce petit immeuble n’est malheureusement pas signé, mais apparaît bien remarquable pour bien des raisons.


En premier lieu, il se singularise dans son environnement par sa façade en brique d’un orangé très sombre, heureusement animée par la pierre de taille de ses derniers étages, et surtout par les éléments en grès flammés, d’un gris bleu très foncé, sauf autour de la porte, où certains blocs sont d’un vert plus lumineux.
Dans un premier état de cet article, j'avais affirmé haut et fort que ces grès venaient très certainement de chez Alexandre Bigot. Grâce à un fort sympathique et passionnant site sur les productions de Gentil et Bourdet, j'ai eu la surprise d'y trouver, non seulement l'information que les grès n'étaient pas de Bigot, mais que l'immeuble était, finalement... de Georges Malo, un architecte très actif à Vincennes, et dont je reparlerai certainement un jour.
La porte est très impressionnante, avec son épais décor de chardon, et constitue le charme principale de la maison. Mais on remarquera également l’amusant petit balcon central, soutenu par deux courtes colonnes, et les grosses fleurs de grès bleu, serties comme des bijoux dans des renfoncements décoratifs, sous le grand balcon courant du quatrième étage. Leurs tiges ont été sculptées dans des blocs de pierre, ce qui accentue le réalisme de ces pétales colorés.


Au moment où j'ai fait les photos, j'étais donc bien persuadé qu'il s'agissait de l’immeuble de Porche. Vraiment, ce bâtiment m'aura donné bien du fil à retordre. Car, en vérifiant l'information... enfer et damnation ! Celui-ci avait été publié à l'époque, mais l’adresse indiquée était le 5, rue Villebois-Mareuil. Une seconde visite à Vincennes me permit de trouver, effectivement, cet édifice, dans une petite rue étroite. Il est effectivement signé, d’une jolie façon, et porte la date de 1904. Hélas, par rapport au dessin de la façade, publiée dans la revue “L’Architecture usuelle”, en 1905-1906, l’édifice a été très sensiblement simplifié : le couronnement du bow-window n’est pas aussi riche que prévu et, dans le détail, la réalisation finale se révèle partout un peu décevante. Seule la porte d’entrée a gardé un dessin aussi remarquable ; mieux, en le simplifiant un peu, Porche lui a donné plus de force et de vigueur.



Les publications d’époque nous apprennent que l’architecte s’est également investi à l’intérieur, probablement dans la seule décoration du principal appartement. Il dessina ainsi des cheminées assez élégantes et des boiseries, où les encadrements Art Nouveau s’accommodent assez bien de fleurettes gracieuses, qui n’auraient pas été incongrues dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle.
L’occasion de cette seconde promenade m’a permis de découvrir par hasard, au 8, rue d’Estienne-d’Orves, et à l’angle de la rue Jean-Moulin, un autre immeuble du même architecte, pourvu de la même signature, mais daté de 1901. Ses ferronneries sont toujours d’origine industrielle, mais d’un modèle beaucoup moins courant, et les éléments sculptés sont toujours un peu malingres, sans réel développement.

En fait, le décor est essentiellement remarquable pour les curieux ornements du grand balcon du dernier étage, en forme d’arêtes tronquées. Deux d’entre elles sont en pierre, car placées sur l’étroite travée d’angle en pierre de taille. Les autres, fixées sur des parements de briques, sont en terre cuite, avec un joli petit ornement métallique. Mais, il faut le reconnaître, cette coquetterie n’empêche pas l’édifice d’échapper à une certaine banalité. Il permet, au moins, de mieux cerner la personnalité d’un créateur attachant, mais dont les œuvres ne sont pas toujours d’une égale qualité.

3 commentaires:

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
roroldam a dit…

Il y a un immeuble signé Porche et daté 1901 au 8 rue d'Etienne d'Orves à Vincennes.

Le mateur de nouilles a dit…

Merci pour cette information. Sauf qu'elle était déjà dans l'article (avec une image)...