vendredi 31 août 2007

Entr’acte n°8 : Quelques guimardises gourmandes...

Parlons à nouveau d’Hector Guimard, pas tant pour présenter un de ses édifices que pour évoquer des constructions qui lui ont parfois été attribuées. Mais, disons-le d’entrée de jeu, il n’est réellement l’auteur d’aucune d’entre elles.
La célèbre pharmacie de Douvres-la-Délivrande (Calvados), au 78, rue du Général-de-Gaulle, est une curiosité locale sans équivalent. Est-ce pour cet isolement stylistique qu’elle fut longtemps donnée à l’auteur du Castel Béranger ? Mais pour quelle raison ? Rien, ni à l’extérieur, ni à l’intérieur, ne permet de rapprocher cette amusante maison des œuvres beaucoup plus délicates de Guimard.

Pour l’essentiel, l’édifice ne relève en rien du style Art Nouveau, ou si peu, à croire que les éléments purement 1900 ont été simplement posés sur une structure très classique, en grande partie inspirée par la Renaissance. Ces éléments modernes se composent essentiellement de ferronneries échevelées, d’un dessin beaucoup trop relâché pour être de Guimard, et d’intéressantes huisseries de fenêtres. Mais les retombées d’arcs en pierre sont beaucoup trop simples et manquent totalement l’effet qu’elles auraient pu produire. On remarquera surtout l’étonnant garde-corps qui protège la terrasse et les amusants encadrements des tuiles du dernier étage. Mais tout ceci pourrait signaler le simple réaménagement d’une maison ancienne.

A l’intérieur, le commerce a conservé ses panneaux de vitraux, ainsi que la balustrade de sa mezzanine, aux ferronneries graphiquement aussi molles que celles de la façade.
Sur le site de la mairie de Douvres-la-Délivrande, on peut apprendre que la maison fut construite en 1901, pour Georges Lesage, par l’architecte caennais Rouvray, “émule d’Hector Guimard”. En dehors de la portion de phrase que j’ai volontairement mise entre guillemets, il semble difficile de douter de ces informations, apparemment précises. Ainsi, et en toutes circonstances, il semble qu’un peu de recherches permet toujours d’atteindre une certaine vérité. Apparemment, la source documentaire serait tout simplement le service des Monuments historiques, qui évite pour sa part, et fort judicieusement, de parler de l’architecte parisien, dont le style n’a effectivement rien de comparable avec celui de cette bien pittoresque et intéressante pharmacie.



La blanchisserie de Lions-sur-Mer (également dans le Calvados) pose un problème identique, sauf que Guimard eut une véritable activité dans les environs immédiats, construisant une villa dans la ville voisine d’Hermanville, puis un immeuble d’appartement à la lisière d’Hermanville et de Lions. Il fut ainsi tentant - mais un peu simpliste - de lui donner aussi cette curieuse construction. Car la blanchisserie, pour l’essentiel, n’est pas non plus une construction Art Nouveau. Seule la porte d’entrée, avec ses deux petites fenêtres latérales curieusement dessinées, sacrifie au Style 1900. Les étrangetés guimardiennes toutes proches ont peut-être inspiré l’auteur de cette porte bien singulière, petite concession, plutôt modeste, au style alors à la mode. Mais rien de plus !


Une maison d’Eragny-sur-Oise (Val-d’Oise) est nettement plus troublante. Découverte à la fin des années 1960 par Jean-Pierre Lyonnet (aujourd’hui sympathique président du Cercle Guimard, et co-auteur d’un joli ouvrage sur les édifices aujourd’hui détruits de l’architecte), elle suscita intérêt et interrogations chez les premiers amateurs de l’œuvre de Guimard. La maison elle-même n’est pas en cause, tant elle apparaît bien banale, malgré ses portes d’entrée, d’un dessin non dénué de charme. Guimard lui-même aurait conçu une villa aux formes beaucoup plus variées, avec un décor, de la couleur, des coquetteries visuelles pleines de fantaisie.

Mais Eragny nous interroge principalement pour son porche, composé de trois arches sur plan triangulaire, dont l’allure générale est celle d’une fausse ruine pittoresque, genre qui avait encore un véritable succès en 1900. Ce porche, en soi, ne nous intéresserait pas s’il n’avait pas une grille bien étonnante, aux éléments préfabriqués très agréablement agencés. Mais, là encore, on peut imaginer que l’auteur du Castel Béranger aurait volontiers composé une grille plus tourmentée et surtout moins symétrique. De plus, il aurait évité le tracé trop simpliste des parties en fer découpé, artistiquement très insuffisant.

On restera donc beaucoup plus troublés par la décoration, elle aussi en métal découpé, de la clôture de la propriété. Même si le travail reste toujours aussi simple dans le détail, la composition générale de ces panneaux est réellement agréable. On ne peut s’empêcher, en les regardant, de penser aux entrées de métro, mais dans un style plus “campagnard”. Malheureusement, Guimard n’aurait jamais voulu, entre ces panneaux, des piliers en pierre aussi sommaires.
Toutes ces petites insuffisances d’invention conduisent à lui refuser, sans état d’âme, ces trois créations historiquement intéressantes, ou plus immédiatement amusantes. L’une d’entre elles, au moins, n’est définitivement plus en cause. Elles ont au moins l’intérêt de montrer que les grands architectes parisiens ont évidemment été regardés, admirés, et parfois très imparfaitement imités. Quand ils le furent véritablement...

1 commentaire:

Anonyme a dit…

bonjour,
J'ai habité cette maison de 1973 à 1982 (135 route nationale à l'époque) mon pere l'a fait transformer (démolition d'un garage acollé à la maison et construction d'une aile de 25m² dane l'esprit meulière brique et une terrasse à l'arrière)
nous avions refait toutes les fenêtres, fait restaurer les volets peintures....je me souviens avoir passé l' été de mes 16 ans avec brosse métallique, rustol et peinture à maudir ces grilles...
la maison (hormis le train qui passait derrière et faisait tout trembler) était assez agréable à vivre bien que les pièces étaient assez petites. Elle disposait d'un super sous sol où j'ai pas mal bricolé... Cette maison me rappelle mes bons souvenirs de lycée...musique, motos, copains...