vendredi 31 août 2007

9 rue de Presbourg (16e arrondissement)


Deux projets assez contradictoires ont jalonné l’histoire de cet imposant édifice, connu à son époque sous le nom d’Hôtel Mercédès. La plus ancienne demande de permis, publiée le 19 décembre 1902, concernait un édifice de sept étages, conçu par l’architecte Georges Chedanne pour lui-même. L’autorisation fut accordée dès le 25 février suivant. Pourtant, le 29 novembre 1905, une autre demande émanait de la Compagnie d'assurances générales, pour un immeuble beaucoup plus petit, de seulement quatre étages, et pour la même parcelle. C’est pourtant bien une construction de sept niveaux sur rez-de-chaussée qui fut effectivement construite, à vocation d’hôtel de voyageurs, fonction qu’il a perdu depuis longtemps.
Chedanne est un architecte d’autant plus intéressant qu’il remporta le Prix de Rome en 1887. Une carrière académique était donc d’emblée toute tracée pour lui ; il s’adonna pourtant maintes fois à l’Art Nouveau, s’y révélant généralement comme un créateur de bon aloi, distingué et sobre, sachant parfaitement adapter ses désirs “modernes” à une tradition parfaitement assimilée. C’est ainsi qu’il construisit la nouvelle ambassade de France à Vienne, dans un classicisme teinté de grâces contemporaines, jolie démonstration du savoir-faire et de l’élégance françaises, mais presque inconvenante dans le fief de la Secession autrichienne.












L’hôtel Mercédès fut construit sur un principe identique, et avec une partie de la même équipe de collaborateurs : entièrement en pierre de taille, il se caractérise par un agencement très sage, parfaitement adapté à la taille impressionnante de l’édifice, qui se développe sur trois rues : l’avenue Kléber, la rue de Presbourg et la rue Lauriston.
Néanmoins, quelques avancées permettent une agréable ondulation des façades, dont l’austérité générale se trouve ainsi judicieusement animée, et de jolies toitures en ombrelles apportent une très divertissante variété aux parties hautes, où l’architecte a concentré l’essentiel de son allégeance au Modern Style. Car les ouvertures n’offrent aucun caractère particulier, tout comme la marquise qui ornait autrefois l’entrée principale, sur la rue de Presbourg, et qu’on peut apercevoir sur quelques cartes postales anciennes. Si les ferronneries des garde-corps appartiennent bien au monde de l’Art Nouveau, elles sont d’une remarquable élégance, originales mais sans être jamais excentriques. Dans les environs de la place de l’Etoile, on ne pouvait pas construire n’importe quoi !

Grâce à la collaboration de trois sculpteurs, Boutry, Sicard et Gasq - ce dernier ayant régulièrement travaillé pour Chedanne -, l’immeuble propose une décoration sculptée à la fois discrète et plaisamment originale. Discrète, car elle est limitée à l’ornementation de corbeaux et de clés de voûte ; originale, puisque tous ces reliefs sont consacrés au sport automobile et aux conducteurs de ces machines alors très nouvelles. Ainsi pouvons-nous admirer tout l’attirail de lunettes, chapeaux, casquettes et autres écharpes dont les automobilistes devaient s’équiper pour conduire leurs étranges bolides. Ceci nous offre une véritable galerie de portraits savoureux, dont plusieurs de femmes - toujours élégantes malgré leurs tenues contraignantes -, et d’amusantes petites scènes de genre, comme d’autant de petits reportages sur une façon de conduire aujourd’hui évidemment révolue.
Sans doute l’hôtel n’était-il pas destiné à la clientèle encore très peu importante des amateurs d’automobiles. Mais son décor sculpté essayait d’imposer une image moderne, très évocatrice de progrès et, par voie de conséquence, de confort.

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