vendredi 31 août 2007

50 avenue Victor Hugo (16e arrondissement)


Le 20 février 1901, M. Hubert fit publier une demande de permis pour l’immeuble qu’il désirait se faire construire avenue Victor-Hugo. Cet édifice devait être le plus parfait chef-d’œuvre de toute la carrière de Charles Plumet (1861-1928), ouvrage exemplaire de sa période “classique”. De ses précédents essais - et notamment l’immeuble de la rue de Tocqueville, de 1897 -, il conserva, comme une signature, la galerie ouverte des étages supérieurs, l’originalité très élégante du travail de ferronnerie et la façon toujours assez conventionnelle de placer les éléments sculptés.












Mais cette nouvelle façade est parfaitement symétrique, à l’exception de la porte d’entrée, légèrement décentrée. Plumet s’y réfère complètement, et pour la première fois, à l’architecture classique du XVIIIe siècle, dont il reprend les rythmes sobres et la rigueur presque dénuée de fantaisie. Aucune surprise, donc, mais une qualité sans défaut. Pour la partie sculptée, il fit appel à Lucien Schnegg, un des praticiens d’Auguste Rodin, qui orna les dessous de balcons de têtes entourées de végétaux, exactement comme on le faisait déjà à l’époque de Louis XV. Sous les deux grands bow-windows latéraux, ces visages sont des têtes d’hommes austères, ressemblant étrangement à des personnages du Directoire, dont ils adoptent la coiffure caractéristique. Mais le morceau de bravoure du sculpteur reste l’entourage de la porte d’entrée, avec ses deux femmes nues gracieusement allongées, occupées à manger des fruits.


A l’intérieur, la cage d’escalier est un autre morceau de bravoure, imitant celles des grands hôtels particuliers du XVIIIe siècle, avec marbre et rampe en fer forgé travaillée avec virtuosité. Si l’Art Nouveau est malgré tout présent avec force dans ce magnifique travail de ferronnerie, il ne l’est pas moins dans les vitraux, à la fois simples et précieux, limités à des entourages abstraits, dans une gamme colorée très limitée, autour d’un quadrillage de verre blanc.
Le 16 octobre de la même année, Hubert fit une seconde demande de permis pour la même parcelle : il venait de demander à Charles Plumet d’ajouter un petit hôtel particulier, au fond de la cour de l’immeuble. Ce délicat petit édifice accueillit pendant plusieurs années le musée Dapper, ce qui permit alors d’en admirer les délicats volumes intérieurs. Pendant cette période, la cour était décorées de plantes africaines d’un effet joliment exotique. Mais, depuis, le musée s’est déplacé dans une rue adjacente et tout est revenu dans son état originel.

Plumet allait, douze ans plus tard, construire un immeuble très similaire, un peu plus loin dans la même rue, mais sur le trottoir opposé. La comparaison avec l’immeuble de 1901 est assez cruelle pour l’œuvre de 1913, où l’esprit semble ne plus souffler avec le même naturel, ni la même vitalité. Mais, entre-temps, le modèle proposé au n°50 aura été compris, repris, assimilé et imité, tant à Paris que dans de nombreuses autres villes françaises.

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