vendredi 31 août 2007

31-31 bis rue Campagne-Première (14e arrondissement)


André Arfvidson n’est absolument pas un architecte Art Nouveau. Mais, comme pour certains autres confrères, une commande bien spécifique lui donna l’occasion de briller, tardivement, dans le style à la mode. Pour lui, l’opportunité vint d’un immeuble d’ateliers d’artistes, désiré par M. Bréal, qui en fit publier la demande de permis le 15 février 1910. Arfvidson devait y trouver, non seulement un joli succès médiatique dans la presse spécialisée, mais également une prime au Concours de Façades de la ville de Paris.












Pourtant, d’un point de vue purement architectural, son travail est d’un traditionalisme que rien ne vient perturber, ni dans les lignes, ni dans les volumes. Sans le magnifique revêtement en grès Bigot, cet édifice passerait probablement très inaperçu, malgré une destination originale qui rend toujours intéressant ce genre de constructions.
Alexandre Bigot, en dehors de la décoration des deux occuli qui surmontent les portes d’entrée, s’est limité à des panneaux géométriques très abstraits, qui pourraient déjà donner l’illusion d’un chef-d’œuvre de l’Art Déco ; mais des carreaux - ornés de fleurettes ou de grosses roses encore en boutons - y apparaissent, trahissant parfaitement l’époque de leur création. Ailleurs, ces carreaux sont monochromes, agrémentés d’un sobre motif incisé en forme de pétales, ou décorés de grosses perles écrasées, telles qu’on pouvait déjà en voir chez Perret, rue Franklin.












Mais l’intérêt de la rue Campagne-Première est double car, derrière la façade principale, une surprise attend le curieux attentif sur l’arrière de l’édifice, au 24-27, passage d’Enfer. Sur cette impasse, assez exceptionnellement large, l’œuvre d’Arfvidson prend alors l’aspect de quatre petites maisons, avec des fenêtres en encorbellement. Tout à coup, nous nous retrouvons dans une ambiance incroyablement hollandaise et seuls les grès de Bigot - sa signature figure enfin sur le balcon d’une fenêtre - permettent de faire le lien avec l’autre côté de l’immeuble. On y retrouve les carreaux monochromes, les perles écrasées, mais aussi un autre motif en spirale qui fut un des grands succès du catalogue du céramiste. Nulle part, encore une fois, on ne trouve une ligne courbe ou un petit motif sculpté en coup-de-fouet qui pourraient signaler une architecture typiquement 1900. Au recto comme au verso, Arfvidson se refusa ainsi d’être un architecte moderne - même s’il se montra malgré tout très original sur ce chantier -, laissant à son décorateur le soin de donner une note contemporaine à son travail, une animation colorée, et une certaine diversité dans le détail.

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