dimanche 3 juin 2007

5 rue Lalo (16e arrondissement)


Comme Richard et Audiger ou Sauvage et Sarazin, Barbaud et Bauhain font partie des “couples” d’architectes les plus importants de l’époque 1900. Ils ont signé à Paris plusieurs réalisations importantes. Parmi celles-ci, leur immeuble de la rue Lalo n’est sans doute pas leur plus grand chef-d’œuvre, et je dois même avouer avoir été un peu déçu en le revoyant récemment. Néanmoins, on ne peut qu’être sensible à la qualité de sa décoration sculpté, due à J. Rispal - qui leur fut longtemps fidèle -, la grâce de ses petits panneaux de mosaïques, l’originalité générale d’un édifice à la fois discret et élégant, malgré des proportions très imposantes.
L’ingratitude d’une parcelle très longue, mais apparemment assez peu profonde, n’était pourtant pas un véritable handicap pour ces architectes ; ils ont souvent démontré leur talent dans le monumental. Mais la rue n’est pas très large et l’immeuble risquait de manquer de recul pour être apprécié à sa juste valeur. D’où le parti intéressant de creuser la façade et d’aménager une petite cour antérieure dans cet arrondi.





















Il faut reconnaître à Barbaud et Bauhain une originalité intéressante, qui suffit à rendre singuliers la plupart de leurs édifices. Car ceux-ci ne relèvent pas entièrement du Modern Style à la française, puisqu’ils s’inspirent souvent, et assez ouvertement, de la Secession viennoise. C’est une curiosité de style qu’ils ont partagé avec fort peu de leurs confrères, puisque la France, à cette époque privée de l’Alsace et de la Moselle, tenait ouvertement à distance toute influence germanique. Ils semblent donc avoir trouvé des commanditaires assez large d’esprit pour ne pas être choqués par leur architecture parfois plus autrichienne que parisienne. En en particulier celui-ci, Lounier, dont la demande de permis de construire fut publiée le 3 février 1906.
Le premier indice de cette surprenante affinité apparaît ici dans la présence d’impressionnantes têtes de jeunes femmes, au sommet des deux angles de la façade. Leur inexpressivité, comme la façon dans les faire émerger d’une sorte de gaine décorative, semblent beaucoup plus fréquentes dans une ville comme Prague, où travailla évidemment beaucoup le peintre tchèque Alfons Mucha, dont ces beaux visages s’inspirent visiblement. Les autres indices se devinent dans le caractère très stylisé du reste de la décoration florale, notamment sur la lourde balustrade de pierre du deuxième étage, ou dans les ferronneries, celles des fenêtres bien sûr, mais surtout celle de la porte d’entrée, d’une sobriété harmonieuse alors peu fréquente à Paris.

Pour adoucir cette mâle sévérité, Rispal a décoré l’entourage du petit porche avec de très fins panneaux consacrés à la tendresse maternelle, occasion pour lui d’inscrire d’autres beaux visages dans des rinceaux végétaux d’un dessin très agréable.

1 commentaire:

P.F. Benoit a dit…

Très Maurice Denis ce joli bas-relief !