mardi 12 juin 2007

40 cours Albert-1er (8e arrondissement)


Ce ravissant hôtel particulier, à l'origine construit face à la Seine - sur une voie qui portait alors le nom de Cours-la-Reine -, en est aujourd'hui séparé par une voie rapide aussi laide que bruyante. Il vaut mieux le regarder de loin si on tient à l'admirer d'un seul coup d'œil, sans courir le danger d'être percuté par une automobile !
Curieusement, les frères L. et A. Feine n'ont pas signé leur œuvre. Seul le commanditaire y a mis son nom, clairement visible à gauche de la porte d'entrée. Il faut dire qu'il n'était pas n'importe qui : René Lalique était, au moment de la déclaration de demande de permis, le 23 février 1901, l'un des plus grands joailliers de son époque. Etait-ce une raison pour ne pas voir apparaître le nom de ses architectes sur la façade ? Sans doute, si on se rend compte que les Feine ne semblent avoir fait que cette seule incursion dans le domaine de l'Art Nouveau. Lalique aurait donc tout dessiné lui-même, ne se servant de ses architectes que comme simples exécutants. Ce en quoi ils s'acquitèrent parfaitement.



Ce petit bijou est d'influence nettement néo-gothique, dont témoignent amplement les beaux pinacles qui le couronnent. L'ensemble de la façade, d'une sobre asymétrie - la travée de droite étant plus étroite que celle de gauche -, est d'une allure assez noble, évitant un décor trop chargé, essentiellement limité à de très originales ferronneries ; on y retrouve la ronce et la pomme de pin qui faisaient alors partie du vocabulaire iconographique des créations de Lalique. Par contraste, la monumentale porte d'entrée est beaucoup plus chargée, occasion, pour le bijoutier, de réaliser un véritable tour de force technique, dans le domaine de la verrerie où il commençait une seconde carrière, et qui allait progressivement prendre le pas sur la création de bijoux. Lui seul était capable d'une telle invention, chef-d'œuvre clairement destiné à faire l'étalage des possibilités de son art. De deux forts troncs de pierre s'échappent des branches d'arbres qui se penchent les unes vers les autres, pour finalement se rejoindre dans l'immense mur de cristal central, où elles paraissent alors se couvrir d'une fine pellicule de givre. L'effet est aussi simple que saisissant.

Grâce à des propriétaires généreux, la visite du vestibule est parfaitement autorisée, l'accès n'étant restreint qu'à partir d'une seconde porte. Il est ainsi possible d'admirer cette impressionnante création de l'intérieur où, comme un vitrail, elle s'illumine pour mieux révéler des détails d'une incroyable finesse. Par la même occasion, il est aussi possible d'avoir un coup d'œil sur le beau motif de ronce qui sert de rampe à l'escalier et le très singulier ascenseur, qui paraît enchâssé dans un buisson végétal très stylisé, où la ronce se reconnaît également.
La qualité de l'édifice, comme la personnalité de son commanditaire, n'échappèrent à personne. Il fut plusieurs fois publié dans la presse artistique de l'époque.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ce véritable bijou est une merveille qui apporte un peu de gaieté sur cette avenue. L'immeuble a-t-il subit des désordres avec l'inondation de 1910 ?

Le mateur de nouilles a dit…

Si ma mémoire n’est pas trop déficiente, il existe une carte postale du Cours-la-Reine, montrant l’hôtel Lalique au moment de la mémorable inondation de 1910... dont on nous a annoncé la répétition, et dont plus personne ne parle ! Une partie du rez-de-chaussée disparut alors, effectivement, sous les eaux. Mais la maison, compte tenu de son état actuel, ne semble pas avoir gardé trace de ce triste événement. C’est donc le signe que les panneaux de cristal, tout de même assez épais, semblent avoir bien résisté. Alléluia !