vendredi 22 juin 2007

20 rue de Longchamp (16e arrondissement)


Le 14 décembre 1897, M. Moret fit publier la demande de construire de l’immeuble qu’il avait commandé à l’architecte Emile Bainier. La date très précoce de cet édifice offre un bel intérêt, puisque le Castel Béranger d’Hector Guimard, véritable manifeste de l’Art Nouveau parisien, n’était pas encore achevé ; il n’avait donc pas encore révélé des possibilités très novatrices en matière d’architecture et de décor.
Ce n’est pas du tout par hasard que le nom de Guimard est ici évoqué. Certes, dans son ensemble, l’immeuble de la rue de Longchamp n’offre pas de véritable intérêt architectural : belle construction en pierre de taille, et d’un classicisme sans originalité particulière. Bainier n’est donc pas vraiment concerné. Mais son sculpteur, Jean Désiré Ringel d’Illzach (1847-1916), apporta à son travail trop sage un charme savoureux d’un réel intérêt. Or cet étonnant artiste, né en Alsace et alors représentant majeur d’un symbolisme parfois morbide, travailla au même moment au Castel Béranger, pour lequel il dessina les hippocampes et les masques des balcons.

Rue de Longchamp, il fut peut-être l’auteur des têtes de Méduse, grimaçantes et effrayantes, flanquées de dauphins tout aussi menaçants, aux corps joliment serpentins. On y retrouve quelque chose de son style inquiet, sinon inquiétant. Mais il est plus indiscutablement le créateur de l’entourage de la porte, clairement signé, de façon d’ailleurs presque ostentatoire. Il ne s'y qualifie pas de "sculpteur", mais de "statuaire", ce qui pourrait signifier qu'il limita son intervention à cette seule partie de la façade.

Ainsi, sur cette porte d'entrée, il a choisi de représenter deux belles sirènes, gesticulantes, de part et d’autre d’une ancre et d’une corde. L’une de ces étonnantes beautés adopte une pose très acrobatique d’une grande originalité. Evidemment, Ringel d’Illzach s’inspire ici directement de la grande statuaire ornementale du XVIIIe siècle - époque à laquelle se réfère d’ailleurs l’immeuble tout entier -, mais en dénaturant complètement son modèle pour atteindre l’étrange, le fantastique, avec une fantaisie réjouissante et très insolite.
L’architecture Art Nouveau offre parfois l’occasion d’admirer des œuvres de grands sculpteurs. Ainsi, à côté de très habiles décorateurs, spécialisés dans l’ornementation des maisons, des artistes comme Emile Derré, Paul Gasq, Pierre Roche ou Henri Bouchard, ont parfois offert leur ciseau pour la décoration d’édifices privés. Nous avons déjà rencontré le dernier sur les beaux immeubles de Théo Petit de la rue de Courcelles ; nous rencontrerons certainement les autres au hasard de nos prochaines promenades.

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