dimanche 3 juin 2007

14 rue Gallieni (Courbevoie - Hauts-de-Seine)


Le hasard fait parfois bien les choses. Il suffit d’une fin de journée ensoleillée, l’envie de descendre d’un train pour faire le tour de quelques rues d’une jolie commune de banlieue. Et... bingo ! Un immeuble fascinant, non pas pour son architecture proprement dite, assez traditionnelle et d’une sage symétrie, mais par une accumulation décorative tout à fait surprenante, chargée, brouillonne, d’une joyeuseté tout à fait divertissante. Une vraie petite merveille !











Toutes les fenêtres sont entourées de faïences, soit sous forme de panneaux à gros reliefs, soit sous forme de carreaux à motifs floraux. L'un d'entre eux est signé et daté : “E. Dolis 1901”. Serait-ce la date de l’édifice ? Pa si sûr. D’après le témoignage de quelques locataires charmants, la maison daterait de 1903-1904, la première date paraissant la plus sûre. Il est évident que ces carreaux - qui ne sont en rien les éléments les plus remarquables d'un décor particulièrement composite - proviennent d’une production industrielle ; on en rencontre beaucoup d’autres exemples dans la région parisienne. Il paraît donc difficile de tirer une quelconque datation de leur observation, sauf lorsqu'un millésime y figure clairement, ce qui n'est pas ici le cas. Ceux de Courbevoie ont tout de même l'intérêt de présenter un monogramme, "CG", qui a toutes les chances d'être les initiales du commanditaire de l'édifice.
Ailleurs, la décoration est obtenue avec des briques vernissées ou de jolies terres cuites. Et l’ensemble de tous ces détails apporte, dans une divertissante accumulation, un véritable charme à cet immeuble de meulière qui n’en aurait pas autrement. On se croirait presque devant la maison d’un céramiste, qui aurait suspendu sur la façade un échantillonnage varié et significatif de ses productions.


Mais tout cela ne serait rien sans l’entourage de la porte d’entrée, consacrée à la fleur et à la feuille de tournesol - également visibles sur la lourde frise qui couronne l’édifice -, émergeant d’épaisses gerbes de tiges, où figurent les signatures des artisans principaux : celle de l’architecte, E. Coulon, à gauche ; et celle des céramistes, Janin frères et Guérineau (peut-être suivi du mot “Paris”), à droite. Coulon est un parfait inconnu, qui n’a peut-être jamais quitté les limites géographiques de Courbevoie et des communes avoisinantes. Les céramistes, eux, sont à peine moins rares ; ils ont au moins signé un panneau de faïence pour une maison de Villejuif, qui permet de confirmer le rôle qui fut le leur sur cette façade. L’ensemble est d’un vert profond du plus singulier effet, au milieu duquel les fleurs merveilleusement détaillées apportent de ravissantes touches ocres. L’une d’entre elles, cassée ou volée, a tristement été remplacée par une sorte de gros chewing-gum dans une matière indéterminée ; le surmoulage d’une autre fleur aurait pourtant été moins désagréable au regard.
Cette porte étonnante ouvre sur un charmant petit vestibule, avec un escalier latéral conduisant à un palier où s’ouvrent quelques portes. Son style n’a malheureusement rien à voir avec l’Art Nouveau, ce que laissait déjà supposer le style assez banal de la ferronnerie incluse au milieu des tournesols. La référence à un XVIIIe siècle de théâtre y prédomine, non sans charme et conduit à l'idée que Coulon n'a probablement jamais réitéré cette divertissante expérience.

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