samedi 23 juin 2007

111 avenue Victor-Hugo (16e arrondissement)


Il y a bien longtemps que je n’ai pas parlé de Henri Sauvage et de Charles Sarazin, figures pourtant majeurs de l’Art Nouveau parisien. Pour combler cette lacune, et en attendant mon dossier sur leur passionnante série d’immeubles populaires, parlons donc de la “Galerie Argentine”, étonnante chose de verre et de fer en plein milieu d’une des rues les plus élégantes de Paris.

On se croirait, en effet, en plein XXe arrondissement, tant la façade détonne, au milieu des immeubles cossus qui l’entourent, si rassurants dans leur enveloppe de pierre de taille. Brique rouge et métal apparent en constituent les matériaux principaux, et sa sage symétrie est joliment perturbée par deux bow-windows, remède évidemment très efficace contre la monotonie architecturale. L’entrée de la galerie proprement dite - on aura d’emblée compris qu’elle s’ouvre au milieu d’un immeuble - est marquée par les deux puissants piliers métalliques qui soutiennent les bow-windows, et que les architectes ont orné de ravissantes volutes. Celles-ci nous assurent que nous sommes bien dans le domaine de l’Art Nouveau. Le dernier étage, pour sa part, est une galerie ouverte, sur toute la largeur de l’édifice. Variété, discrétion, originalité : voilà une petite galerie sans prétention, mais d’une réelle invention !


A l’intérieur, nous trouvons tout ce qui fait le charme des galeries marchandes : un vaisseau de verre, scandé par une structure métallique, d’autant plus élégante que ses proportions modestes lui donnent un caractère presque intime. Mais il ne s’agit en rien d’un banal passage, sagement rectiligne : au niveau de la galerie du premier étage, qui propose un second niveau de commerces, Sauvage et Sarazin ont ménagé des sortes de balcons, au-dessus de l’entrée, puis ils ont élargi le fond de la galerie, grâce à un appendice éclairé par une verrière carrée.

Le détail du métal est absolument remarquable. Mais on ne s’y trompera pas : sa constante simplicité est très savamment calculée. L’Art Nouveau ne s’y montre que par de discrets détails : quelques volutes très sobres, rappel évident de celles des grands piliers de la façade, servent à orner les consoles joliment ondulées qui soutiennent le promenoir intérieur.
L’édifice fut commandé par Mayol de Sénillosa, qui publia sa demande de permis de construire le 7 novembre 1904. Cette démarche administrative, et le dossier de voirie conservé aux Archives de Paris, apportent donc la preuve de la paternité indiscutable de Sauvage et de Sarazin, puisque ceux-ci ont totalement négligé de signer leur ouvrage.

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