jeudi 17 mai 2007

Rue de Rivoli, rue du Pont-Neuf, rue de la Monnaie, rue de l’Arbre-Sec et rue Baillet (1er arrondissement)


Il n’est pas très difficile de l’imaginer : l’histoire des magasins de la Samaritaine a été compliquée. D’abord parce qu’elle remonte, pour ce qui nous intéresse, à l’année 1891, et ne se termina qu’après la Première Guerre mondiale ; ensuite parce que Cognacq, devant le succès toujours grandissant de son entreprise, engagea régulièrement Frantz Jourdain, son architecte, à concevoir de nouveaux édifices, à les agrandir ou à les modifier. Il en vint même à lui commander, en 1914, une nouvelle annexe sur le boulevard des Capucines, connue sous le nom de “Samaritaine de Luxe”.
L’aventure commença au 5 rue Baillet. Le 21 mars 1891, Cognacq fit une demande de permis pour un premier édifice. Jourdain était déjà son architecte depuis plus d’un an, ayant dessiné, pendant l’été 1890, les communs de son hôtel particulier du 65, avenue du Bois-de-Boulogne (l’avenue Foch actuelle). Quelques temps plus tard, le 19 août 1895, une nouvelle demande fut publiée, afin de surélever le 17 rue de la Monnaie, puis une autre, le 2 décembre 1899, relative à l’agrandissement du bâtiment situé entre les rues du Pont-Neuf et de la Monnaie. Les 12 août 1901 et 23 décembre 1903, de nouvelles surélévations furent demandées, toujours dans ces mêmes bâtiments, tous situés entre la rue de Rivoli et le quai de Seine.
Mais la Samaritaine, telle que nous la connaissons, naquit véritablement le 5 février 1904, date d’une demande de permis pour un édifice complètement neuf, moderne, digne d’une entreprise extraordinairement florissante. Pourtant, le 22 février, Cognacq projettait encore de suréléver le 22, rue de l’Arbre-Sec, puis, le 12 août suivant, de construire des hangars et des magasins. Le 31, rue des Bourdonnais, fut surélevé à partir du 18 août 1905.
Le second magasin de la Samaritaine naquit en 1908 : le 7 décembre, la demande de permis fut publiée, pour une parcelle située entre la rue de l’Arbre-Sec, la rue Baillet et la rue de la Monnaie.












Comme Boileau l’avait jamais fait au Bon Marché, Frantz Jourdain employa des matériaux fonctionnels et modernes, principalement le métal et le verre. L’occasion fut pour lui idéale de s’engager enfin personnellement dans l’aventure de l’Art Nouveau, qu’il avait suivie et défendue sans y avoir encore vraiment participé. Il dessina ainsi de magnifiques tourelles métalliques et d’abondants ornements de façade, d’une rare complexité graphique. Malheureusement, toutes ces excroissances ont été détruites sans émotion, lorsque Henri Sauvage modernisa les bâtiments après la guerre -en partie en collaboration avec Jourdain lui-même -, nouveau signe du désir de l’entreprise d’être toujours au goût du jour. Les jolis panneaux de lave émaillée, très vivement colorés, qui étaient chargés d’égailler de longs alignements dans des rues étroites et sombres, furent alors recouverts d’un épais badigeon uniforme. Seule l’immense enseigne en mosaïque du magasin initiale, dessinée par Eugène Grasset, célèbre peintre et affichiste, continua à témoigner d’une splendeur passée, et définitivement disparue pour l’essentiel. Les panneaux de lave n’ont été retrouvés que récemment, à la suite d’une spectaculaire et expéditive restauration, mais très imparfaitement respectueuse d’un matériau très fragile.

A l’époque de la construction de la Samaritaine, l’Art Nouveau était déjà déclinant. Et l’arrivée de Jourdain sur la scène d’une architecture moderne n’allait rien y changer. Sans faire le procès d’un édifice enfin en conformité avec les idées qu’il défendait depuis plus de dix ans, on pourra au moins dire qu’il lui était relativement facile d’entrer dans la modernité avec un grand magasin. Ces bâtiments commerciaux, depuis longtemps, savaient attirer le client en excitant son regard. Et, surtout, sans empêcher leurs architectes de continuer à construire des pastiches de châteaux de la Loire ou des hôtels particuliers de style Louis XV pour la bourgeoisie d’affaires.

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