jeudi 17 mai 2007

Entr’acte n°3 : ... au cimetière de Puteaux


L’information m’avait été donnée par les descendants de son cousin par alliance : la tombe de l’architecte Charles Plumet se trouve au cimetière de Puteaux. La description du monument - un sobre cube de béton brut - avait suffi pour me permettre de retrouver ce monument sans difficulté, tout en haut du cimetière, contre le mur de clôture. Charles Plumet, né en mai 1861 et décédé le 15 avril 1928, y est inhumé auprès de ses beaux-parents, F.-G. et Marie Obrecht, de sa femme Marie, et probablement de son beau-frère, Carl Obrecht. Au moment de la réalisation du bel immeuble du 15, boulevard Lannes, en 1905, son beau-père était domicilié villa Corneille, à Puteaux, détail qui suffit à expliquer la raison de son inhumation dans la proche banlieue parisienne.
La famille m’avait donné une seconde information, tout aussi intéressante, et qui m’encouragea d’autant plus à me rendre à Puteaux : cette tombe aurait été l’œuvre de Robert Mallet-Stevens ! Inutile de la rechercher dans les ouvrages consacrés à ce célèbre architecte, maître de l’Art Déco : elle ne figure nulle part, pas plus dans la littérature ancienne que dans les livres récemment parus, à l’occasion de sa belle rétrospective au Centre Georges-Pompidou.












Tout cela est-il vérifiable ? Il est difficile d’en juger par la tombe elle-même, étonnamment moderne, d’une rigueur presque angoissante, mais avec des grâces antiquisantes à première vue peu compatibles avec l’art incroyablement contemporain de Mallet-Stevens. Elle n'est évidemment pas signée, ce qui rendrait l'affaire bien trop simple. Il s’agit, en tout cas, d’une création très singulière. Malheureusment, l’art funéraire est un genre où les architectes se sont souvent essayés à quelques fantaisies de style, parfois très éloignées de leur langage habituel. Celle-ci date, c’est évident, de l’entre-deux guerres. Charles Plumet étant le seul occupant à être mort pendant cette période, il ne fait aucun doute que le monument fut réalisé à son intention.
On se souviendra que le premier événement où le jeune Mallet-Stevens se fit largement connaître du public fut l’Exposition internationale des Arts décoratifs, en 1925. Il y créa l’événement avec son pavillon du Tourisme et ses arbres en béton. Charles Plumet était alors l’architecte en chef de l’exposition, lui-même auteur des imposantes tours des Métiers. Ainsi doit-on peut-être voir, dans ce monument austère, une sorte d’hommage - discret, car demeuré sans traces ! - et de reconnaissance, du cadet envers l’aîné qui avait sans doute voulu croire en son talent.
Je soumets cette attribution, fort plausible, à la sagacité des historiens. Des informations complémentaires nous en diront peut-être un peu plus d’ici peu. En tout cas, l'état de conservation du monument apparaît aujourd’hui inquiétant. De par la seule personnalité de l’architecte qui y est enterré, il mériterait une restauration urgente.

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