jeudi 17 mai 2007

62-64 rue Boursault (17e arrondissement)


La belle construction de René Simonet eut une genèse probablement compliquée, puisque deux demandes de permis de construire la concernent. La première date du 10 septembre 1900, et ne se rapporte qu’au n°62 ; la seconde, relative à l’ensemble de la parcelle, est du 4 janvier 1901. Dans les deux cas, l’architecte, habitant 48, rue du Général-Foy, s’en déclara pareillement le propriétaire.
Frantz Jourdain, le célèbre auteur des magasins de la Samaritaine, salua la naissance de ce double édifice par un bel article enthousiaste dans la revue “Art et Décoration”. On ne s’en étonnera pas beaucoup, tant ce double immeuble, destiné à une population populaire, affiche ouvertement des matériaux alors considérés comme vulgaires : le fer et la brique vernissée. Simonet, en particulier dans le puissant et magnifique soutien métallique des parties en saillie, y a trouvé des solutions plastiques tout à fait intéressantes. Osons même avancer qu’il sut faire de la poésie avec des produits industriels.












En bon héritier de l’école rationaliste, dont il défendit toujours l’esprit dans son œuvre de critique, Jourdain fut également sensible à la structure même de la façade, traitée comme s’il s’agissait de deux immeubles différents, mais unifiée avec bonheur par les ferronneries des balcons et la discrète décoration sculptée ; dans sa variété même, elle reste très lisible, notamment par l’affirmation, depuis la rue, d’une hiérarchie très claire entre les différents espaces intérieurs, les moins importants étant signalés par de petites ouvertures en saillie, à pans coupés ou triangulaires.












La rigueur du travail de Simonet s’affirme partout, et jusque dans l’extrême simplicité, très efficace, des ondulations très japonisantes qui constituent la partie métallique de la porte d’entrée.
L’intérieur de l’immeuble est forcément moins heureux, n’étant pas destiné à une population bourgeoise si gourmande en larges halls ou cages d’escalier vastes et lumineuses. Après un joli petit vestibule aux sculptures discrètes et délicates, les parties communes sont donc plutôt obscures et étroites, avec une vitrerie presque ordinaire, agrémentée de vitraux très simples. La rampe d’escalier est très ordinaire, tout comme les boiseries. Mais il est vrai que les papiers peints ont été rafraîchis par un grand coup de peinture blanche ; on y devine encore, malgré tout, et dans un léger relief, un assez joli dessin floral. Il avait certainement apporté, à l’origine, la judicieuse et printanière note de couleur qui lui fait cruellement défaut aujourd’hui. Dommage !

1 commentaire:

janu a dit…

Je suis passé devant cet immeuble hier et brûlais d'en savoir plus à son sujet, il m'aura suffit de googler l'adresse pour tomber ici et que vous me disiez tout : merveilleux, merci !!