jeudi 10 mai 2007

58 bis avenue du Général-Michel-Bizot (12e arrondissement)


"Le plus bel immeuble de la rue", c'est ainsi que me fut présenté cet édifice par les locataires eux-mêmes, très fiers de m'en faire visiter les parties communes. De la rue toute entière, n'exagérons pas... mais des environs immédiats, certainement.
La façade porte une signature fort intéressante : "E Pichard & fils / architectes / 190[...] / D. de Folleville / Sculpteur". Le nom de Pichard n'est pas passé à la postérité, et c'est bien la première fois que je pouvais le lire sur un édifice parisien. Normal ! La demande de permis de construire, du 8 juillet 1902, le domicilie au 33 rue de Saint-Mandé, à Charenton, où il développa son art sans doute plus abondamment que dans la capitale. Le commanditaire était Naudin, 40 boulevard de Reuilly. Deux détails de cette inscription sont à remarquer : le dernier chiffre de la date n'a jamais été fini d'être gravé, et la mention "& fils", ainsi que le pluriel du mot "architecte", sont inscrits de façon légèrement différente, indice d'une participation tardive de la descendance de Pichard à cette construction. Et, en effet, le permis de construire ne mentionne qu'un seul architecte, alors qu'il note avec précision l'existence d'un second édifice, de quatre étages, qui fut effectivement réalisé dans la cour.
L'œil est d'abord attiré par le décor de la porte d'entrée, dentelle végétale presque abstraite. On rencontre assez souvent le nom de D. de Folleville, l'un des sculpteurs d'architecture les plus prolifiques et les plus talentueux de la période Art Nouveau. Il collabora, entre autres, avec Achille Champy, et le décor du 9 rue Chanzy peut sans doute lui être attribué sans grand risque d'erreur. Son art se reconnaît par une grande finesse d'exécution, paradoxalement associée à un dessin volontairement gras et épais.













Folleville s'exprima également dans le grand passage intérieur qui conduit à la cour, où il réalisa de belles frises végétales, d'une essence assez indéterminée, mais d'un graphisme très élégant. Il est aussi l'auteur de délicats cadres verticaux, simple prétexte pour orner la petite fenêtre qui permettait au concierge de communiquer avec locataires et visiteurs sans avoir à ouvrir sa porte.
L'immeuble a gardé la décoration du petit couloir conduisant à l'escalier. Dans les années 1960 et 1970, ce genre de boiseries et huisseries en bois paraissaient complètement démodées ; beaucoup d'entre elles ont été sacrifiées, sans beaucoup d'émotion, pour être remplacées par des matériaux plus modernes, plus lisses et souvent plus clinquants, faciles d'entretien et totalement impersonnels. Ici, tout a été heureusement conservé, jusqu'aux modestes vitraux Art Nouveau ornant les paliers du petit escalier, signés "L. Canivet - Paris".

En façade, la boutique a également conservé ses huisseries en bois d'origine. Les devantures de magasins Art Nouveau sont aujourd'hui suffisamment rares pour que celle-ci mérite d'être signalée. Seule son enseigne a été modernisée, pour adopter un graphisme, certes 1900, mais passablement ordinaire.

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