mercredi 2 mai 2007

30 avenue Daumesnil (12e arrondissement)





Borgeaud, architecte de Saint-Mandé, est-il l'auteur de cet élégant immeuble ? Il existe en effet une demande de permis de construire où il est mentionné, du 30 mars 1904, déposée par M. Dostal, demeurant au 28 avenue Daumesnil, mais elle concerne une parcelle portant les n°28 bis-30, et un seul immeuble, de huit étages, y était envisagé. Or il existe bien aujourd'hui une construction indépendante, au n°28 bis, qui n'a rien en commun avec celle-ci et qui paraît lui être sensiblement postérieure. Entre 1908 et 1914, un autre architecte, Jacquemin, habitait ici, mais nous n'avons retrouvé aucune demande de permis pour une construction à cette adresse dont il serait l'auteur.
Dans une première version de cet article, j'en étais malheureusement resté là, ne donnant cet édifice à Borgeaud qu'avec beaucoup de réticence, le seul document d'archives alors à ma disposition paraissant très imprécis. Bien m'en a pris, puisque la solution existait dans la revue "La Construction Moderne", dans son numéro du 14 octobre 1905. Deux photographies de détails y sont en effet publiés, malheureusement sans aucun texte d'accompagnement. Mais leur légende est amplement suffisante pour lever tous les doutes : l'auteur de l'immeuble est un architecte du nom de Thomas. Certes, ils ont été plusieurs, à cette époque, à porter ce nom assez courant et ceci n'arrange pas forcément nos affaires, n'est-ce pas ? Néanmoins, E. Thomas, demeurant rue d'Hauteville, fut assurément le plus actif d'entre eux, et notamment dans les XIe et XIIe arrondissements. Il semble donc très probable qu'il s'agisse de celui-ci (1). L'immeuble a certainement fait l'objet d'une demande de permis de construire, mais celle-ci, peut-être par oubli, n'a pas été publiée dans le Bulletin municipal officiel de la ville de Paris. En tout cas, on constatera que sa conception semble à peu près contemporaine du projet de Borgeaud qui, par le jeu parfois capricieux de la numérotation des parcelles, s'est retrouvé provisoirement confondu avec celui-ci.
D'emblée, l'édifice se singularise par l'entourage de sa porte, principalement orné de deux grandes cigognes - ou des hérons ? - au milieu de roseaux. Malheureusement, cette grande et majestueuse sculpture n'est pas plus signée que la façade. Dommage, car l'artiste est de qualité, comme en témoignent encore les motifs floraux ou anthropomorphes et les simples entrelacs Art Nouveau qui agrémentent les dessus de fenêtres.
Mais l'autre intérêt de cet immeuble est de nous proposer un vestibule orné de mosaïques très comparables à celles du 76 avenue d'Italie. Lors de la notice consacrée à cet autre édifice, j'avais d'ailleurs évoqué celles-ci, en promettant de vous en parler un jour. Et je tiens toujours mes promesses !
L'analyse de ces pavements est assez comparable : leur développement en fonction de l'espace à décorer - et notamment en contournant soigneusement la cage d'ascenseur -, et surtout leur source d'inspiration visiblement puisée dans l'album publié par Hector Guimard sur le Castel Béranger. Ici, l'imitation est encore plus parlante, le mosaïste s'étant interdit d'ajouter des fleurs sans aucun rapport avec les motifs abstraits exclusivement employés par Guimard. Le pastiche est troublant ; malheureusement, il est dans un état de conservation assez médiocre, ce qui peut nous faire craindre une décision radicale de la copropriété dans les années à venir, à savoir son remplacement par un sol plus uniforme, plus "contemporain" et d'entretien facile.

(1) Les intuitions sont parfois parfaitement fiables : E. Thomas est bien l'architecte de ce bel immeuble, qu'il présenta, sans succès, au concours de façades de 1901. (note du 19 novembre 2009)

Aucun commentaire: