mardi 1 mai 2007

3 square Rapp (7e arrondissement)


Jules Lavirotte et la comtesse de Montessuy n'en sont pas restés là dans leurs folies... architecturales ! En effet, le 18 juin 1898, soit seulement quelques mois après leur demande pour la rue Sédillot, nous les retrouvons à nouveau associés pour un autre permis de construire. Celui-ci est demandé pour une adresse à première vue étrange, 33-35 avenue Rapp, où la commanditaire se fit d'ailleurs domicilier pour l'occasion. Cette bizarrerie géographique a une explication très simple : c'est en effet à ce niveau de l'avenue Rapp que s'ouvre la très discrète impasse. Cette très courte voie semble avoir été initialement appelée "villa de Monttessuy", avant d'adopter son nom actuel beaucoup plus discret.
L'audacieuse comtesse continuait ainsi à lotir un vaste terrain triangulaire, en faisant toujours confiance à l'architecte qui, grâce à elle, commençait à se faire une réputation. Sur l'une des pointes de la parcelle, nous trouvons ainsi l'hôtel de la rue Sédillot ; sur la seconde, le présent immeuble. Et la troisième allait bientôt voir apparaître l'étonnant immeuble du 29 avenue Rapp dont nous parlerons bientôt.
Lavirotte a adopté une fausse discrétion, en ramassant sa construction au fond de cette impasse coudée. Difficile de la trouver si on ne vient pas l'y chercher ! Sans doute empêché par la réglementation parisienne d'occuper le fond du square, il en habilla le grand mur aveugle avec un immense trompe-l'œil en bois, longtemps dégradé mais récemment restauré (malheureusement de façon incomplète), et il ferma l'accès à l'immeuble avec une grille au dessin compliqué, joliment ouvragée.


D'un point de vue décoratif, l'artiste semble s'être considérablement libéré par rapport à l'hôtel précédent, osant l'accumulation, et parfois même la surcharge : ferronneries et grès flammés sont employés avec beaucoup plus de franchise, la sculpture devient envahissante ; chaque morceau de mur devient l'occasion d'inventer un motif. On notera au passage les étonnants visages de "sauvages", peut-être un souvenir d'une des attractions exotiques qui avaient tant impressionné le public de l'Exposition universelle de 1889. Un tel luxe ornemental permet d'excuser un volontaire manque d'homogénéité, de justifier toute absence de modestie, et d'accepter une assez déroutante "horreur du vide".
Mais qu'on ne se méprenne pas : Lavirotte fut un architecte beaucoup plus sérieux qu'il ne voudrait le faire croire : la tour suspendue, coincée dans l'angle, cache un système très ingénieux d'alimentation hydraulique !
En jetant un œil à travers la porte, on pourra apercevoir les trésors d'un vestibule incroyablement obscur. Car, bien mieux que rue Sédillot, l'architecte s'est intéressé à la décoration intérieure, dessinant la rampe d'escalier, les vitraux, les portes des appartements. Il faut dire qu'il se servait lui-même, puisqu'il vint s'installer dans les hauteurs de son édifice, où il allait concevoir le reste de son œuvre architecturale.










Terminons ici par un conseil général, mais qui ne semble pas inutile à propos de maisons aussi célèbres et quotidiennement admirées. Je sais - pour la ressentir moi-même quelques fois - toute la frustration qu'on peut ressentir à l'idée de devoir admirer ce patrimoine architectural sans pouvoir y entrer ! Mais ces immeubles ne sont pas des musées et leurs occupants peuvent être légitimement irrités de voir certains curieux tenter de forcer le passage, parfois d'une façon assez peu courtoise. Qu'on se mette cinq minutes à leur place ! Si je présente parfois des intérieurs, c'est donc toujours avec l'accord d'un locataire ou d'un concierge, et jamais sous un faux prétexte.
Mais qu'on se rassure : les édifices les plus prometteurs cachent parfois des espaces intérieurs bien décevants. L'architecture Art Nouveau est, assez souvent, un pur art de façade. Heureusement, les plus beaux intérieurs ont été publiés ou sont visibles sur le net. Et pour le square Rapp, ce n'est pas compliqué : allez voir sur "fragrance1900.net". Votre curiosité sera pleinement satisfaite !

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