mercredi 2 mai 2007

197 ter rue Saint-Charles (15e arrondissement)


Les deux pavillons jumeaux construits par Maurice Porche pour M. Dehont, en 1901 - la demande de permis date du 12 juin - seraient-ils actuellement menacés de destruction ? En janvier 2006, la Commission du Vieux Paris avait renouvellé l'inquiétude que lui inspirait, depuis un certain temps, l'état de conservation préoccupant de ces édifices. Hélas, malgré l'intérêt manifeste des gens de l'art, depuis leur création, les charmantes maisonnettes de Porche n'ont pas cessé de se dégrader : l'absence de quelques fenêtres, remplacées par des plastiques, l'empilement de matériaux très divers dans la petite cour, une impression d'abandon général... tout cela ne laisse rien présager de bon pour une des dernières constructions pavillonnaires encore existantes, dans ce quartier à présent complètement envahi par de grands immeubles impersonnels... Un de plus, prochainement, ce ne serait pas impossible. Même si, pour le moment, aucun panneau n'indique l'imminence d'une construction nouvelle, ou d'une éventuelle rénovation.










Mais rénover quoi ? L'ensemble garde encore de beaux restes de sa splendeur passée, mais il nous est parvenu dans un état réellement pitoyable. Le n°221 des "Monographies de bâtiments modernes" de A. Raguenet nous offre une vue exceptionnelle de ces villas dans leur état initial, lorsque le quartier était encore un charmant hameau pavillonnaire à la frontière entre la capitale et sa proche banlieue. On remarque avec regret que sa clôture extraordinaire, percée de trois portes, œuvre du grand ferronnier Emile Robert, n'existe plus depuis longtemps - elle avait déjà disparu, il y a une bonne quinzaine d'années, lorsque la maison était une agence de la Sécurité Sociale - remplacée par quelque chose qui ne porte guère de nom, tant elle se définit par sa médiocrité, même si elle est investie de la même fonction !
La fenêtre du premier étage de la travée centrale a été simplifiée, les marquises ont été enlevées - dommage, car les quelques éléments de ferronnerie encore existants sont des créations vraiment originales, dues à Wrigny - et les petits éléments sculptés, au-dessous ou entre les fenêtres, ont été systématiquement détruits.
Un toit très pentu décore le sommet de la travée de gauche. Il donnait une grande partie de son cachet à la maison, par ailleurs assez simple. On pourrait le croire miraculeusement préservé. Mais le dessin ancien témoigne bien que ce toit à été raccourci - et refait dans un matériau moderne dénué de toute grâce -, et donc privé de son faîtage en grès, œuvre d'Alexandre Bigot. Reste heureusement la jolie fenêtre ronde qui y était percée. Mais l'un des chats qui la décoraient à disparu - il n'en reste que le bout de la queue ! - et celui qui reste, en piteux état de conservation, semble maintenant regarder la lune en attendant le retour improbable de sa compagne... L'auteur de ces sculptures, P. Demange, serait triste, au même titre que les ferronniers, le céramiste, le propriétaire et l'architecte, de voir dans quel état son œuvre se retrouve aujourd'hui.

Maurice Porche est un architecte aujourd'hui trop mal connu, et son œuvre aurait bien du mal à être protégée avec ce cruel défaut de notoriété. Il fut pourant l'auteur d'un bien joli immeuble décoré de céramiques, à la frontière entre Paris et Vincennes. Dans le malheur de ses petites villas jumelles pourrait également être entraîné un petit bâtiment annexe, construit à l'arrière du terrain, et commandé par Dehont aux architectes Richard et Audiger, si prolifiques dans tout l'arrondissement. La demande de permis de cette extension date du 7 avril 1906. Très sobre, mais d'un dessin intéressant, elle est orné d'une belle imposte en grès flammé, sans doute issue des ateliers d'Emile Müller.
La construction de 1901, à la fois simple dans ses volumes, modeste dans ses matériaux, et très sophistiquée dans sa décoration, n'est déjà plus que l'ombre d'elle-même. Mais que va-t-il advenir de ce qu'il en reste ? Je ne saurais trop vous conseiller d'aller la voir rapidement. Ses derniers jours sont peut-être déjà comptés !

2 commentaires:

une fan de nouille a dit…

Bonjour mister Nouille
une info concernant cette batisse, elle a ete renovée, et est actuellement en vente....;

Anonyme a dit…

Je viens de découvrir cette superbe bâtisse via un très bon recueil photographique "Art Nouveau, Decorative Ironwork" des éditions Dover que j'ai acheté à la librairie du Louvre. Curieuse de savoir s'il ce merveilleux bâtiment existait encore j'ai fait quelques recherches sur internet et je suis tombée sur cet article. Quelle tristesse de voir qu'une telle oeuvre a été si mal traitée. J'ose espérer que les rénovations ont su conserver malgré son cachet.